mercredi 10 août 2011

DE BOUCHE A OREILLE

Vous êtes nombreux à me demander quelles sont mes émissions de radio préférées. D'émissions qui se mangent, bien sûr.

Deux incontournables. 1 française + 1 suisse, ça vous va comme ça ?

Deux émissions assez proches par le style, finalement, tout en finesse, riches d'un solide engagement, et d'utiles convictions, avec de beaux morceaux juteux de culture dedans, loin de ces émissions formatées à coup de dossiers de presse, molles du genou, qui veulent plaire à tous le monde pour faire de l'audience, que l'on retrouve d'habitude sur les ondes, et notamment de France Inter, ce qui me désole à un point...

Une vraie bonne émission gourmande, elle doît être espiègle, sourire c'est déjà entr'ouvrir la bouche pour se préparer à manger.



On peut parler la bouche pleine, la preuve, écoutez On ne parle pas la bouche pleine.

Ca se passe sur France Culture, ici. En prime, les excellentes répliques de Bruno Verjus (qui porte bien son nom). Bonus track : le blog de Bruno Verjus, foodintelligence, ici

A la vitesse de la lumière, il faut 15,7 millisecondes au grand maximum pour se retrouver à Lausanne, mais sur les ondes de Radio suisse Romande. Miam-Miam. C'est qu'il faut cliquer mes amis. Jean-Charles Simon et Daniel Fazan y jouent au tennis en s'envoyant des tomates, des pommes, des peches, des citrons et des fruits de la passion. Et nous on ne fait pas que compter les points, on se régale.

Je vous ai mis une photo de Renault Fuego. Ce qui n'a strictement rien à voir avec ce qui précède.






jeudi 28 juillet 2011

DANS LA SERIE, Si vous aimez ça...

Si vous aimez ça...


peinture du XVe s. attribuée à Luciano Laurana


Vous adorerez ce vin-là :


Domaine Bernard Moreau père et fils, Chassagne-Montrachet 1er cru Les Grandes Ruchottes blanc 2007.

Même construction fascinante toute en perspective, même soin du détail, même atmosphère dans le tableau et dans le vin. Deux chefs d'oeuvre.


mardi 26 juillet 2011

LE CONFIT DE SAINT-JACQUES DE LA MAISON COURTIN, TELLEMENT MIEUX QU'UN COUP DE PIED DANS LE DERRIERE !

La conserverie Courtin est l'une des dernières maisons artisanales bretonnes et l'une de mes conserveries préférées. 



Elle a récemment décidé de vendre ses produits en ligne (et pas seulement à la ligne), je ne pouvais pas garder l'info pour moi, vous me connaissez, il faut toujours que je ramène mon grain de sel. Et puis je vous ai à la bonne, vous le savez, j'aime bien vous voir prendre du plaisir.


De sel, justement, parlons-en. Puisque je suis tombé fou amoureux de leur soupe de poisson et de la bisque de homard, fines et peu salées.


Encore plus fortiche, et donc à ne manquer sous aucun prétexte, le confit de Saint-Jacques.
Courtin est la seule maison, à ma connaissance, à commerce cette merveille. 

J'aimerais  me faire bien comprendre, alors attachez vos ceintures ladies & gentlemen this is your captain speaking, welcome on board to Concarneau : Les noix de St-Jacques sont cuisinées au beurre frais et gardées en confit dans des pots de grès pendant 3 semaines, puis elles sont à nouveau cuisinées au beurre frais avec des oignons. 

La Recette est  inchangée depuis 1893 et c'est parfait comme ça. En bouche, on a le fondant d'un foie gras mais la saveur de la Saint-Jacques, on est dans le baroque le plus pur, Gilles Deleuze aurait adoré ce confit de Saint-Jacques, Eugène Green en serait fou aussi, j'en suis sûr.
Mais pour l'heure, mes amis, faisons sauter le couvercle et taisons-nous.
http://www.conserverie-courtin.com/
Vente en ligne possible par carte de crédit.

UNE NUIT A PARIS

Votre médecin vous a sermonné : "Prenez des vacances, vieux". Ok, toubib...mais pour aller où ? 
Hors de Paris, vous êtes paumé. 
A la mer ? Trop de peuple. L'hôtel de la plage est plein, et de toute façon Daniel Ceccaldi est mort en 2003.
A la montagne ? La neige a fondu. Et puis les prairies sont trop glissantes.
A la campagne? Tel Bernard Blier dans Buffet froid, vous ne supportez pas les cui-cui. Et puis c'est trop humide, vous avez oublié votre couverture écossaise.
Bébel vous aurait alors répondu (A bout de Souffle, JLG) :   "Eh bien allez vous faire foutre !".  
Moi je vous aime (pas comme JLG qui n'aime que sa raquette de tennis, et encore, sans son manche ni son cordage).
Je vous aime et je vous le prouve. Avec cette adresse sur la butte Montmartre que je vous ai dégottée.
Rien de tel pour vous remettre en selle : prenez des vacances dans votre ville. Le camarade François Simon l'a dit bien mieux que moi : rien de plus voluptueux que de s'échapper à l'hôtel, tout à côté de chez soi.
Dépaysement total à 15 minutes de chez vous. Qui dit mieux ? Pas de location de voiture, pas de chiottes bouchées dans le wagon 15 du TGV bondé, pas de péage en panne, c'est plutôt Bison Futé que vous priez d'aller se faire foutre. 
La grande classe, c'est ici : à l'hôtel particulier.
Cette adresse vous sera aussi précieuse pour des amis de passage à Paris qui cherchent un lieu atypique, complètement décentré même, un hôtel qui ne l'est pas tout à fait. En un lieu sublime.
Le reste se passe de mots.
Bonnes vacances !

L'hôtel Particulier
23 avenue Junot (pavillon D)
75018 Paris.
01 53 41 81 40
site internet
Comptez 390 euros la nuit petit dej inclus.

dimanche 24 juillet 2011

JUSTE, LE DERNIER POUR LA ROUTE


Pour pas mal d'entre-nous, l'heure est venue de faire un break annuel bien mérité. Les vacances, ce sont aussi pour vous et pour moi ces repas entre amis, à la fraîche, rien de plus agréable de lever son verre à l'ombre d'une journée torride, sous les arbres, à glisser des regards complices et rieurs à ses amis, ceux de fraîche date, ceux de toujours.

Les professionnels du vin  comme moi - en tant que journaliste spécialisé j'en suis un - on nous imagine toujours entre deux repas idéaux comme ça, je n'arrange pas mon cas parce qu'en plus de tout ça je voyage partout dans le monde où il y a des vignerons qui ont quelque chose à dire. Cette année, après le vignoble de Saint-Joseph, de Nouvelle-Zélande, de Savennières, de Saumur, de la Côte de Nuits, de Beaune, d'Alsace, d'Allemagne, de Rivesaltes, de Savoie, je reviens de Sicile, avant les Dentelles de Montmirail puis Cornas, un retour en Nouvelle-Zélande, une tournée en Asie, Madiran, Irouleguy, Pauillac, les Costières de Nîmes, la Montagne de Reims, le Japon, le Nantais, les coteaux d'Aix, les Baux puis enfin, en juillet 2012, Chablis et ses grands vins de pierre.

"Vous faites un dur métier Thomas Bravo-Maza !". Pas une seule semaine sans qu'on me fasse comprendre avec ce petit rictus si particulier qu'on pourrait payer pour vivre comme je vis. Je marche dans les vignes comme un minuscule personnage de Jonathan Swift, un lilliputien parcourant monts et vallées, sur le corps sans fin d'une femme nue. Et j'aime ça.

Comme tout journaliste qui (se) respecte, j'aime encore plus les paradoxes, les a-coups, les points de rupture, les volte-face, la contradiction.

Le vin m'intéresse aussi parce qu'il EST contradiction. C'est un fil tendu duquel on peut tomber. Dans le vin, il n'y a rien d'innocent. Du vin sans alcool? Le premier qui me parle de ça, je lui casse la gueule. Je vous ai parlé de mon goût pour le paradoxe, ce qui n'a rien à voir avec le non-sens. Il y a 7000 ans, l'homme a fondé sa civilisation en faisant fermenter des bricoles, ici où là, du lait, des céréales, et du raisin. La noblesse du vin, il ne faut jamais oublier que ça vient de là.

Mais que c'est aussi de l'alcool.

Dans alcoolisme, il y a isme. Mais il y a surtout alcool. Sorti en septembre 2009, Le dernier pour la route avait suscité d'ire de pas mal de mes collègues. "C'est le vin qu'on assassine!" avais-je entendu. C'est vrai, on imagine que le monde des grands vins de terroir, de ses commentateurs, de leurs arguties, est à mille lieues des excès d'alcool. C'est vrai, lorsque Le dernier pour la route est sorti en 2009, je ne suis pas allé le voir en salles ni voulu assister aux projections de presse. C'est vrai, j'ai été agacé moi-même lorsque, à plusieurs reprises au début du film j'ai vu François Cluzet (inoubliable ici comme dans beaucoup des films de son impeccable carrière) s'envoyer cul sec (voilà un titre bien meilleur titre pour le film) plusieurs verres de vin blanc, en pleine angoisse nocturne, devant la porte ouverte de son frigo. Agacé je le fus car le vin que je connais, on ne le boit boit pas cul sec en tremblant, justement. Boire le vin sans y prêter attention, sans en parler, sans ressentir son message, rien de plus triste.

Mais en 2009, lorsqu'est sorti Le dernier pour la route, je n'ai pas hurlé avec les loups. Car les messages de modération, sur la route, comme devant un verre, ne sont pas tout à fait inutiles. Les loups ont hurlé à la mort de la loi Evin. Bien sûr que ses attendus sont bruts de décoffrage, qu'ils demanderaient à être affinés, que la loi 91-32 du 10 janvier 1991 comporte des lacunes et date un peu. Mais en tant que citoyen, je suis fier qu'une telle loi existe. C'est même de bonne grâce, figurez-vous, et avec tout le sérieux nécessaire que 'ai accédé à la demande du Conseil supérieur de l'audiovisuel lorsque j'ai fait ajouter, en salle de montage, les deux messages officiels de modération à mon film. Je remarque du reste que le CSA a eu l'intelligence de ne pas caviarder ou flouter certaines de ses séquences et a su en comprendre la portée véritable. Sans manichéisme. Une première, j'en suis heureux, qui devrait maintenant ouvrir la voie à d'autres réalisateurs.

Juste. N'en déplaise à certains, Le dernier pour la route sonne assez juste, somme toute. Pas de pathos, pas de complaisance ni moralisme attendu, mais au contraire, beaucoup de délicatesse (un peu trop lisse parfois à mon goût - la douleur physique épouvantable de la désintoxication n'y est, par exemple, pas du tout abordée et c'est franchement dommage; la "happy" end ne rend pas du tout compte d'un fait sociologique patent : 80% des alcooliques chroniques ne s'en sortent jamais) dans un film fluide qui n'a rien d'un opus promotionnel du Ministère de la Santé. Un film incarné, que les amoureux du vin doivent voir, rien de plus évident.

Pour le commander, c'est ici














dimanche 10 juillet 2011

BON LIVRE

Le goût est bien souvent une affaire de famille. Dans les métiers de bouche, la transmission des savoirs est complexe. A travers l’exemple de grandes familles de chefs (Haeberlin, Fagelgaltier, Marcon, Bras), chocolatiers (Hirsinger, Bernachon), fromagers (Badoz), charcutiers (Sibilia), vignerons (Barral), qui incarnent l’excellence de la gastronomie française, ce
livre raconte comment l’on reçoit le goût en héritage. Des recettes emblématiques de cette mémoire léguée illustrent le propos.

Exactement le genre de livre qu'on a envie de lire en ce moment.
Pour le commander, c'est ici.



mercredi 6 juillet 2011

LE VIN, QUELLE HISTOIRE !

musée de Bolzano
Le vin, c'est une longue et passionnante histoire qui fonde l'idée même de civilisation. Je vous ai mitonné une petite histoire de la vigne, de la viticulture et de la consommation de vin...
C'est un peu long à lire, mais vous allez apprendre plein de choses, le vin mène à tout.




lundi 27 juin 2011

BIEN FRAIS, LE PLAISIR, TOUT SIMPLE, à 5 EUROS

Des jours comme aujourd'hui, lorsque vous rentrez chez vous le soir, c'est un rouge frais et pimpant qu'il vous faut, du fruit frais et croquant, un rouge qui vous laisse debout et une bouche bien propre. 


Cap sur le Ventoux où le terroir permet de donner naissance à des vins comme ça, parfaits pour les fortes chaleurs. Cépages grenache, carignan clairette et mourvèdre donnent le La, le vigneron Laurent - que l'on connaît pour ses Gigondas mezzo voce - a su jouer sur le terroir (argilo-sableux, pour les pinailleurs) pour rendre une sonorité claire, de fruit frais exubérant aux contours impeccables, aux tanins bien travaillés sur le soyeux alors que de (trop) nombreux Ventoux soit pêchent par un excès de dilution ou bien sont taillés, au contraire, comme des cabines téléphoniques.


A 5 euros, qui dit mieux? Un vrai vin de terroir, simple mais pas simplet, c'est tout ce qu'on aime. 


J'arrête ici, il fait déjà trop chaud pour travailler.


Domaine Brusset
84290 Cairanne
Tél. 04 90 30 82 16
www.domainebrusset.fr

vendredi 24 juin 2011

HISTOIRE D'O



Y a des fois où il faut savoir remercier. Vous ne le savez peut-être pas, dans Le Monde Magazine, dans l'Express, dans Les Echos, dans la RVF aussi, on trouve parfois au cours de la même semaine, du même mois, des sélections des mêmes bouteilles. Coïncidences ? Vous le savez bien, le hasard, ça n'existe pas. Ces bouteilles, ce sont les attachées de presse qui nous les envoient. Ca vous déçoit ? Sachez qu'un journaliste du vin, hormis peut-être Michel Bettane, c'est une femme ou un homme comme tout le monde. Pour tout le monde, la science n'infuse pas, hormis peut-être Michel Bettane,  dans des organismes de journalistes, même triés sur le volet. Pour doper l'inspiration du journaliste du vin, rien ne vaut une bonne attachée de presse. 

Le grand public ne connaît pas Christine Ontivéro et ses immenses galures. C'est Coffe qui me l'avait présentée, il y a un bail de ça. Il m'avait prévenu, le Jean-Pierre  : "fais gaffe, c'est une catalane". C'est vrai, les catalans, ils ont le sens de la géométrie, quand c'est carré, c'est point rond. Quand c'est bon, c'est bon et les bouteilles que Christine envoie, c'est rare qu'elles nous déçoivent. Mais moi, j'ai toujours du retard sur tout le monde, car quand un vin me plait, il faut que je me trouve du temps pour aller rencontrer le vigneron(ne). Pas question de parler d'un vin sans avoir vu l'auteur(e). A quarante ans, vingt ans de vin derrière moi, plus de quarante mille bouteilles passées au crible, ben oui, j'ai bien le droit de faire quelques exceptions. Des coups de canif dans le contrat ? A vous de juger. J'assume. Parce que quand c'est bon, c'est bon. Et là, je me précipite, j'accours vers mon clavier, "Hissez O", c'est très très bon. Dix huit euros la boutanche, c'est donné. 

Hissez O, c'est une allure silencieuse mais incroyablement chic. Le goût d'un film comme "La captive "de Chantal Ackerman. Le goût de la soie. 

Je vous ai déjà entretenu, à la va-vite il est vrai, des vertus des Terrasses du Larzac. Secteur majeur des Coteaux du Languedoc. Cet "Hissez O" en est issu. Une quasi pure syrah aux accents juteux et lardés de côte rôtie  ? Oh, l'étiquette ne dit rien. 


"vin non filtré" y est-il écrit. C'est limpide, non ? Quand on filtre de la merde, on boit de la merde. Un vin estampilllé "non filtré" n'est JAMAIS le gage qualitatif de quoi que ce soit, de Ouagadougou à Wellington, qu'on se le dise, j'ai testé pour vous. Faites-moi au moins confiance. 

L'interprétation du grand terroir, on le sait bien, nous, prétendus "spécialistes" de vin, ça dépend de tout autre chose. Et certainement pas de ce qui est "filtré" ou non "filtré". 

Le talent - et celui du vigneron est tel celui du musicien qui interprète une partition - c'est ce qu'on trouve dans un album comme Fantaisie Militaire (Alain Bashung, 1947-2009) : il s'agit bien pour le vigneron de "malaxer" ce qui lui tient à coeur, de dire "La nuit je mens" mais jamais le jour, "jusqu'en 2043"? Hurler "Aucun Concorde n'aura ton envergure" pour au final avouer que seul compte le vrai toucher d'"angora" ou d'organdi...

C'est ça la prétention démesurée du vigneron, nous faire croire qu'il existe encore une ligne de fuite, une humanité de la renaissance du plaisir dans ce que l'Autre nous apporte. L'Autre n'est pas une menace, c'est grâce à lui que nous buvons ce que nous sommes.

Domaine La réserve d'O.
Rue du Château
34150 ARBORAS
06 76 04 03 88contact@lareservedo.fr
www.lareservedo.fr


C'est promis, j'y vais.


vendredi 17 juin 2011

WEEK-END DE REVE EN LUBERON

Senanques 
C'est l'un des musts de l'oenotouring, l'une des destinations les plus prisées. Pas si simple de s'y retrouver...

mercredi 15 juin 2011

WEEK-END DE REVE A COGNAC


Dans l’un des 26 chais de vieillissement de Remy-Martin à Cognac. 


Chacun d’eux rassemble 6000 fûts de Cognac qui attendent patiemment leur heure...
Copyright Thomas Bravo-Maza


Sécheresse en Charente ? La région ruisselle d'un jus précieux, le Cognac. Au cœur des deux charentes, prenez la route des vignes et des chais.



mercredi 8 juin 2011

L'ECRITURE OU LA VIE



"Je me suis arrêté, j'ai regardé les grands arbres, au-delà des fils barbelés. Il y avait du soleil sur la forêt, du vent dans les arbres. Un air de musique a jailli soudain, de l'autre côté de la place d'appel. Un air d'accordéon, quelque part là-bas. Ce n'était pas une musique de guinguette, de valse musette. C'était tout autre chose, un air d'accordéon joué par un russe, assurément. Seul un russe pouvait tirer de cet instrument une telle musique, fragile et violente, cette sorte de valse tempête : frémissement des bouleaux dans le vent, des blés dans la steppe sans fin."
in L'écriture ou la vie, Gallimard, 1994.

J'ai eu la chance de serrer la main de Georges Semprun une fois, c'était en décembre 1993, quel choc ! A table, "coincé" que je fus à midi entre Umberto Eco et le général Morillon, se trouvait là aussi Paul Ricoeur, l'immense Ricoeur.  J'avais 22 ans, j 'étais étudiant, et ce jour-là, l'académie universelle des cultures organisait dans le grand amphi en Sorbonne un colloque sur "l'intervention". Le thème me passionnait, bien sûr, alors j'étais venu m'emplir de toutes les richesses de ces combattants de l'impossible. Et puis, il me faut l'avouer,  je courtisais un peu à l'époque l'une des filles de la secrétaire générale de cette académie universelle des cultures, la raison véritable de mon accès à table avec Semprun. Je me souviens m'être dit alors en moi-même, qu'à l'âge vierge que j'avais, 22 ans, Semprun venait d'être libéré de Buchenwald par les troupes de Patton. Après des années de résistance puis de captivité. La mort l'avait traversé déjà plusieurs fois. 


Georges Semprun vient de mourir. C'est impossible.