samedi 8 janvier 2011

FOTé-FORé



Avis aux parisiens libres les 15 ou 16 janvier prochain à 17h30.


Dix acrobates et danseurs guinéens livrent en avant-première leur première création commune, inventent sur le plateau une fresque à l'image de leur vie, où tout se crée avec trois fois riens, et dressent d'étonnantes pyramides humaines.


Foté Foré (Blanc Noir) c’est la (sur)vie contée en acrobaties, une vie bricolée avec ingéniosité où tout se crée à partir de rien.
Sur le plateau, les douze artistes guinéens, circassiens, danseurs, contorsionniste, réinventent avec une énergie ardente leurs débrouilles et leurs jeux.
Parmi eux, un étranger s’immisce en mouvements hip-hop : ondulations, smurf et danses traditionnelles fusionnent alors et se mélangent aux éblouissantes acrobaties pour créer une incroyable fresque de joie… communicative !



J'ai pu assister aux répétitions cet après-midi, un vrai beau moment plein de surprises, un régal avec vos enfants (places de 13 à 15 euros). Se trouve sur le site du 104 sans doute le plus beau manège qui soit à Paris, une bizarrerie fantasmagorique pour les petits et les grands. A voir enfin, plusieurs ateliers pour adultes et enfants.


Ca se passe au 104, 75019 Paris, lieu artisitique multiformes de la ville de Paris, 104 rue d'Aubervilliers.
Plus de renseignements, ici. 










mercredi 5 janvier 2011

Dans la série Hôtels extraordinaires, le KULMHOTEL GORNERGRAT 3100.

On y monte à partir de Zermatt (VS) par un petit train à crémaillère qui se pose sur la crête à 3100 mètres alt.

J'y ai passé la nuit du 1er janvier (chambre 4426).

160 CHF par personne en demi-pension (qui est obligatoire mais n'a vraiment rien de désagréable). Qui dit mieux ? Non, non, ne me remerciez pas, c'est mon boulot de tester des endroits comme ça pour vous. 

Sur le Net, c'est ici.




LA VUE DE MA CHAMBRE 
masse monstrueuse du Breithorm (qui porte bien son nom de "corne large", 4165 au sommet le plus élevé) à droite, Castor (4228 m.) et Pollux (4092 m.) à gauche.




Le site






A l'heure du dernier train à crémaillère qui redescend à Zematt,
ceux qui ont une chambre ici pavoisent un peu pendant quelques minutes, la montagne vous ramène très vite après à beaucoup plus de modestie.


Au petit matin, vers 7 heures 30, si je me souviens bien, le Cervin




La chambre 4478 (altitude du Cervin) (je n'ose pas vous montrer la mienne, trop en bordel, avec des bouteilles de Bollinger vides, des fringues partout, mon smoking éparpillé, mon calibre de service - le petit dernier de chez Beretta -, les clés de la DB 8 sur la table avec le passeport de sujet de sa très gracieuse Majesté)...

LA TISSEUSE





Réalisation

Wang Quan
Réalisateur

Acteurs, rôles, personnages

Yu Nan
Rôle : Lily
Cheng Zhengwu
Rôle : Xu Xiao-Guang
Zhao Luhan
Rôle : Zhao Luhan
Xia Yongquan
Rôle : Bing Bing

Production

Producteur exécutifZhou Dejia
Producteur exécutifWang Le
ProducteurZhao An

Scénario

ScénaristeWang Quan'an

Equipe technique

Directeur de la photographieLutz Reitemeier
MonteurWang Quan'an
Directeur artistiqueAnjun Cao
Ingénieur du sonWu Lala

Distribution

Distributeur FrancePretty Pictures



Rien à ajouter, le film est visionnable en vod ici ou là.

jeudi 23 décembre 2010

Je vous envoie une bouteille à la mer du bout du monde...




En reportage en Nouvelle-Zelande, je viens de survoler des paysages vierges d'une beauté folle.
De mon petit avion, au dessus de Wanaka (sud de l'île du sud, province de l'Otago), j'ai capturé ça.

C'est mon petit Merry Christmas à moi.

Copyright Photo Thomas Bravo-Maza 2010 tous droits réservés sur tous supports pour tous pays

mardi 7 décembre 2010

Je vous chuchote une adresse en or à Strasbourg...




Signe distinctif ? winstub XXXL.

Pourquoi XXXL ? Parce que la générosité de Christophe Andt, c'est en taille XXXL. Sa connaissance des vins aussi. Mais sans se la jouer.

L'adresse ? 21 quai Saint-Nicolas, à Stras. Tél. 03 88 35 60 68.

Quand ? Moi, j'y suis allé deux soirs de suite la semaine dernière, la première fois en anonyme, tout seul, sans réservation (depuis la petite table du fond, je me suis envoyé les harengs puis THE choucroute maison, j'ai dit en entier. Et me suis hydraté en asséchant très proprement une boutanche de Grand cru Altenberg de Bergbieten 2001 en riesling de Frédéric Mochel. Au passage, une bouteille d'une musicalité très cristalline,  un peu du genre "dance of the sugar plum fairy" de Tchaikovsky, si vous voyez ce que je veux dire. Non, vous ne voyez pas du tout ce que je veux dire car je ne vous ai pas dit son prix, 32 euros. Là, pour le prix, c'est plus du xxxl, c'est du taille Prince. Ein traum.

Quand ? Le lendemain de la choucroute, mais côté anonyme, là je l'ai eu dans l'os car j'étais accompagné d'une vigneronne que j'adore, Mélanie Pfister, de Dahlenheim. Ah, vous ne faites pas la différence entre un bon vin et un vin de Georges Duboeuf? Là, je ne peux rien pour vous, merci d'avoir joué avec nous. Pour les autres, et je sais que vous êtes de ceux-là, foncez fissa chez cette haute-couturière alsacienne. Bon, je reprends, à table ! Des harengs, pour (re)commencer, puis des galettes de viande, et enfin un sorbet au coing. Avec ça, un coup de sylvaner pour commencer à se mettre en joie, et puis une unité de Clos Rougeard rouge 2002 vendue 34 euros.

Quand ? Allez-y le week-end prochain (marché de Noël à Stras). La vie, c'est ça.

Cette winstub a tout simplement l'une des plus belles cartes de vins de la ville, et à des prix à tomber.

Je vais finir par me faire tatouer une cigogne sur la langue si ça continue...

samedi 4 décembre 2010

Pour les fêtes régalez-vous de saumon truffé d'Ethoxyquine...



Une enquête passionnante signée Luc Mariot et Véronique Amstutz, de l'émission suisse A bon entendeur pour laquelle je travaille aussi.

La vidéo de l'émission est gratuitement disponible en cliquant ici.

vendredi 3 décembre 2010

Au secours, mes amis se sont mis à la flotte !




C'est un exclusif de miss GlouGlou en ligne sur dailymotion, et je n'en reviens toujours pas, deux de mes amis (F-X Demaison et le Pr David Khayat), devant une bouteille de Perrier et des verres en plastique ! Pour aggraver leur cas, la scène se passe pendant la vente des Hospices de Beaune, il y a quelques jours à peine. Et François-Xavier qui nargue la caméra de Miss GlouGlou !

Surréaliste ! Comme un Jérôme Kerviel qui serait bénévole aux Restos du Coeur, comme un Brice Hortefeux se régalant d'une bonne potée auvergnate, surréaliste comme un ultralibéral irlandais privé de Noël.

dimanche 28 novembre 2010

OUVRAGE VINEUX INDISPENSABLE


Je serai cette semaine à Strasbourg pour le mixage de mon film sur la Romanée-Conti, je tâcherai d'aller voir un ou deux vignerons que j'affectionne dans les environs.

Sortez couverts en Alsace : pas de séjour dans le vignoble sans le sésame, un ouvrage formidable signé du grand Serge Dubs, ultra précis, passionnant. Bref un indispensable pour tout amoureux du vin en général et des 51 grands crus alsaciens en particulier.

samedi 27 novembre 2010

La crémaillère, énorme !


La Cremaillère
envoyé par MicrofilmDansTaChambre. - Futurs lauréats du Sundance.

Se loger dans Paris ? Un sport de combat. Je ne vous fais pas de dessin : dans l'ancien, cette année, + 13,8%.

Ne pleurons pas, il nous reste La géniale Crémaillère de Magne&Viard, +100% de jubilation en 7 minutes et 27 secondes. Pour le coup, les spéculateurs sont dans les choux.

vendredi 26 novembre 2010

Une conférence à ne pas rater le 11 décembre au clos de Vougeot


A tous les vignerons de Bourgogne et d'ailleurs, à tous les amoureux du vin de Bourgogne, aux passionnés d'Histoire, de géographie, de goût et de mots...


Samedi 11 décembre 2010 aura lieu une conférence intitulée « Le vignoble bourguignon, ses climats et ses lieux-dits», à 17 heures au Château du Clos de Vougeot.

Cette conférence présentée par Sylvain PITIOT, régisseur du Clos de Tart (l'un des hommes du vin les plus passionnants d'aujourd'hui), co-auteur de nombreux ouvrages sur les vins de Bourgogne, et Marie-Hélène LANDRIEU-LUSSIGNY, auteur de l’ouvrage « Les lieux-dits dans le vignoble bourguignon » (éd. Jeanne Laffitte), sera l’occasion de découvrir ce que les noms des climats et lieux-dits du vignoble nous apprennent de l'histoire des hommes qui ont façonné la Bourgogne, au point qu’elle est aujourd’hui regardée comme un modèle de la viticulture de terroir.

La conférence sera suivie d’une dégustation au Château, en partenariat avec l’Ecole des Vins de Bourgogne et le Bureau interprofessionnel des Vins de Bourgogne.

Cet évènement programmé dans le cadre du cycle de conférences autour de la candidature pour l’inscription des Climats du vignoble de Bourgogne au Patrimoine mondial de l’Unesco est organisé par l’Association éponyme dont je suis membre du comité de soutien (voir mon post récent ici) et par la Chaire UNESCO « Culture et Traditions du Vin » de l’Université de Bourgogne.

Entrée libre et gratuite

mercredi 24 novembre 2010

AHR que c'est Bonn! les spätburgunder de la Weingut Meyer-Näkel

Vertige de l'amour dans le grand cru Walporzheimer Kräuterberg

Au sud de Bonn, ville allemande que j'affectionne pour des raisons qui m'échappent totalement, se trouve la plus petite des treize régions viticoles allemandes, la vallée de l'Ahr. Petite? Oui, peuchère, 550 hectares, 6 fois plus petit que l'aéroport Roissy-Charles de Gaulle. Vous voyez bien que c'est pas lourd, Ahr.

Non, je ne vais pas encore vous parler du riesling...le cépage du XXIe siècle, ça, vous commencez à le savoir, mes gaillards. Et puis, du riesling, je vous en parlerai dès la semaine prochaine! (et puis celle d'après).

Non, je veux absolument vous glisser deux mots sur quelque chose que vous devez goûter au moins une fois dans votre vie, le pinot noir (spätburgunder) allemand d'un grand vigneron de l'Ahr.

Peu connue, très peu même, l'Ahr est la région viticole la plus au nord du pays, avec le Rhin moyen et la Saxe.

Elle produit des pinots noirs très fins. A conditions bien sûr que le vigneron s'en donne la peine et aille chercher la richesse minérale parfois inouïe de ces coteaux vertigineux (voir photo, credit weingut Meyer-Näkel)

Et le vigneron en question c'est le domaine (Weingut) Meyer-Näkel, installé dans le village de Dernau.

Dernau

Il faut goûter ses vins, spécialement ses pinots noirs. Malheureusement, à ma connaissance, je n'en ai jamais vu aucune bouteille chez un caviste de notre belle présipauté. Il vous faudra faire quelques efforts pour mettre la main sur une bouteille.

Le plus simple serait de passer un week-end en Allemagne (les chambres de Bonn sont ravissantes). Un ami qui vous veut du bien (ou qui vous doit beaucoup d'argent) peut aussi vous en ramener s'il est dans les environs.

Si ce n'est pas le cas, inventez les arguments les plus invraisemblables, faites-lui croire n'importe quoi car souvenez-vous : l'objectif quasi militaire à atteindre, ce sont ces bouteilles estampillées Meyer-Näkel, rien d'autre n'aura d'importance dans les semaines qui vont s'écouler, en particulier (je vous mâche encore le boulot) la cuvée S mais surtout le Walporzheimer Kräuterberg, le Dernauer Pfarrwingert, le Neuenahrer Sonnenberg...

Une douceur, une complexité, un jus de roche mais un gras qui rappelle les vins de Vosne...à des prix ultra attractifs, vous savez bien que je pense à votre porte-monnaie.



dimanche 21 novembre 2010

L'habit ne fait pas l'émoi

La devanture ne paie pas de mine et pourtant...

Hier, après la piscine, j'emmène mon fils déjeuner coréen dans l'une de mes planques préférées, chez Han Lim, rue Blainville, promis-juré je vous en causerai un jour prochain.

Ce n'est pas des vertus du kimchi dont je veux vous entretenir. Car en redescendant la pente de la Montagne Sainte-Geneviève (Sainte-Ginette pour les intimes) se niche une merveille.

"Par ici mon canard!" Non, vous n'êtes pas rue Godot de Mauroy dans les années 60, ce n'est pas Madame Mado qui vous harangue généreusement comme ça; non, c'est moi qui vous cause, et pour la bonne cause, vous le savez bien. Encore que.

La "merveille" ne paie pas de mine comme vous pouvez vous en rendre compte sur la photo sus placée. On peut passer devant chez Christophe pendant des années sans se douter que cet établissement mouchoir de poche curieusement jamais cité dans le Michelin, c'est un peu la Mecque du canard. A cette seule différence, l'établissement est tourné vers Challans.



Challans? ChaLLans? Avec deux ailes, comme canard. Une variété de canard? For sure, mais une provenance aussi, en Vendée, dans une zone finalement assez petite, dans les marais attenant à Challans. On y a fait grandir depuis trois cent ans des canards gras sublimes (fruits du croisement du colvert et du rouennais), pas agités du bocage pour un sou. Les mâles portent beau, leur plastron blanc sont chics comme ceux du personnel de salle de la Tour d'Argent qui a rendu le palmipède célèbre par ses fameux canards au sang.

Challans, à l'orange, hum, hum, pourquoi pas, à La Tour d'Argent, peut être bien un jour, on verra. Challans au pamplemousse, dans le canton de Vaud en suisse, chez les Ravet, à Vufflens-le-Château? Un plat à tomber par terre, m'a-t-on chuchoté.

CCC. Sans oublier le Canard de Challans de chez Christophe. Rien que du fondant en bouche, du sensuel, presque un plat à manger à l'horizontale, oui je l'ose. Peut-être le meilleur canard de la capitale. Rien que ça.

Plus prosaïquement, le clou (24 euros le plat) de cette table toute simple et si sincère (belle sélection de vins en prime, bien conservée et correctement servie).

Ne comptez quand même pas sur moi pour vous en dire plus, j'ai déjà fait tout le boulot pour vous.

A vous d'aller vérifier tout ça sur place maintenant.

Restaurant Christophe
8 rue Descartes
75005 Paris
Tél. 01 43 26 72 49

vendredi 19 novembre 2010

Dans la série "la main au panier", L'ANANAS






Les ananas sont dans les étals. Aussi sec, j'en remets une tranche. J'ai mené l'enquête, alors, accrochez vos ceintures.

Aucun fruit n’a connu un succès comparable depuis dix ans. Le prix de cette insolente réussite économique ? Il se paie cash : pesticides à gogo, conditions de travail médiocres, goût souvent décevant… Croquer à pleines dents dans un ananas mûr, acidulé et juteux a le goût de l’exceptionnel, à tous les sens du terme. Révélations.


« Parfum des parfums »

C’est la signification du nom que les amérindiens Tupi-Guarani donnaient au nana-nana. Rien n’est plus juste car la saveur d’un ananas bien mûr, juteux et acidulé a ce don de nous envoûter immédiatement. Tout un symbole d’exotisme, en somme. On ne s’étonnera pas, dès lors, que la consommation d’ananas comosus (le nom scientifique du fruit) se fasse traditionnellement pendant les frimas de hiver. Depuis une dizaine d’années, la donne a pourtant bien changé. Ce fruit, qui avait conquis les premiers explorateurs de la Caraïbe et des Amériques au XVIe siècle, a fait, à la fin des années quatre-vingt-dix, la conquête des étals de la grande distribution. Denis Loeillet, chercheur au CIRAD (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement) et animateur de la revue professionnelle FruitTrop, donne les chiffres de la démesure : « De 1996 à 2007, les quantités importées en Europe ont bondi de 280.000 à 830.000 tonnes ». Soit +300%, qui dit Mieux ? Personne, hormis le marché américain sur la même période : +500% ! Une chose est sûre : les nouveaux consommateurs d’ananas ne se sont pas réveillés un beau jour en s’écriant : « je veux de l’ananas ! ». L’offre a mis les bouchées doubles pour s’attirer les faveurs des consommateurs et ainsi écouler les quelque 17 millions de tonnes produites au niveau mondial chaque année. Pour s’imposer sur ce marché très fortement concentré et dominé par les géants américains Dole et Del Monte, extrêmement actifs dans le business des fruits d’origine tropicale, les groupes fruitiers se sont livrés une guerre sans merci à coup de baisses de coûts d’exploitation et d’expérimentations de nouvelles variétés. En 1999, Bingo ! : la multinationale Del Monte vient d’achever la mise au point, en secret, de sa nouvelle arme de guerre. Une variété d’Ananas qui va changer la face du monde.

Nom de code MD2

L'ananas, l'agronome Claude Teisson en connaît une tranche. Il l'a étudié toute sa vie. « Jusqu'en 1999, précise le spécialiste, il n'existait que la variété Cayenne lisse – en anglais Sweet Cayenne ou Smooth Cayenne -, ainsi nommée car ce plant originaire de Guyane n'a pas d'épines sur le bord des feuilles. ». Mais en 1999, Del Monte lance la variété MD2, connue, sur les étiquettes des fruits, par les terminologies commerciales « sweet » ou « extrasweet ». La guerre du doux aura bien lieu : le marché de l'ananas frais va basculer quasi instantanément de l'Afrique en Amérique centrale. Et c’est, un tout petit pays d’Amerique Centrale, le Costa Rica, devenu par la suite leader sur le marché, qui a été choisi par Del Monte, pour produire ce MD2 qui deviendra très rapidement la variété la plus consommée dans le monde. Qu’importe si cette variété est très gourmande en fongicides chimiques car nettement plus fragile au champignon phytophtora ? Soyons clairs : cette variété n’est pas un OGM (organisme génétiquement modifié) mais un simple hybride naturel réalisé il y a une cinquantaine d’années. Rassurons-nous ? Pas vraiment. Sous des atours assez sexy – un bon gros fruit bien doré, à la plastique quasi parfaite – le MD2 se montre sucré, certes, mais court en bouche et très peu acide. Ses parfums ? Ils disparaissent comme neige au soleil. Bref, « c’est le McDonald de l’ananas » comme le qualifie Denis Loeillet. Alors pourquoi commercialiser cet ananas sans vice ni vertu ? Comment expliquer son énorme succès depuis sa mise sur le marché mondial ? Pour comprendre, inutile de chercher bien loin : penchons-nous sur la règle du jeu qui concerne les fruits et les légumes en grande distribution. On y exige avant tout des produits qui gardent en rayon une apparence immaculée aussi longtemps que possible : « actuellement, précise Claude Teisson, les distributeurs exigent une durée de fraîcheur de 30 jours après récolte contre 12 jours il y a 15 ans ». Seule solution : expédier des ananas immatures par bateau. Seul hic : l’ananas de la variété traditionnelle « Cayenne lisse » est excellent en soi mais reste désagréablement acide en bouche s’il n’est pas mûr. D’où le succès du MD2 : d’acidité moindre, lorsqu’il est immature, il paraît nettement moins acide en bouche que le « Cayenne lisse ». C’est tout bête mais il fallait y penser !
Objectif : booster le mûrissement
Autre avantage de la variété MD2 : elle nécessite moins d’emploi d’accélérateur de mûrissement ou autre produit de déverdissage. Pour les producteurs, le cœur du problème est là : les consommateurs considèrent à tort qu’un ananas vert n’est forcément pas mûr. Comment faire en sorte que les ananas ne paraissent pas trop verts aux yeux des consommateurs ? Les producteurs recourent à l’emploi d’Ethrel (produit par le groupe chimique Bayer). Le principe actif est celui d’une molécule, l’ethephon, un dérivé synthétique de l’éthylène qui sert d’accélérateur de mûrissement. Rappelons en outre que l’etephon est massivement utilisé pour faire mûrir plus vite les tomates et les pommes…
Dans les faits, la coloration des ananas est artificiellement accélérée par une application d'ethephon quelques jours avant la récolte (à raison de 1,4 kg de produit par hectare) car tous les ananas doivent partir par bateau au même moment et au cours du fruit le plus favorable. « Dans la chaîne de production, ajoute claude Teisson, le maillon du transport est celui qui contrôle à peu près toute la production : il faut prévoir longtemps à l'avance les récoltes et les tonnages qu'on va réserver sur un bateau. Ce qui exige une grande maîtrise technique. C'est pourquoi la floraison de l'ananas – ou induction florale - est également provoquée artificiellement pour que le champ soit récolté toujours à la même époque ». L’emploi de l’etephon n’a donc rien d’innocent. En réalité, c’est la botte secrète des producteurs d’ananas. C’est aussi un produit chimique de plus. Dans l’Union Européenne, la limite maximale de résidus d’etephon dans le fruit (LMR) a été fixée à 2mg/kg. Une dose considérée comme trop importante et induisant « un risque sanitaire identifié » par plusieurs organismes dont l’autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) et le PIP (Programme initiative pesticides du COLEACP qui rassemble les pays producteurs d’Afrique, des Caraïbes et de Polynésie). Dès 2001, il a été question de ramener ce chiffre à 0,5 mg/Kg. Huit ans plus tard, nous attendons toujours qu’une directive européenne officialise ce choix sage…
Classé « extrêmement dangereux »
Impératifs de santé publique d’un côté, poids des lobbies producteurs de l’autre, une fois de plus, l’Union Européenne est tiraillée entre des positions ultra contradictoires. On a, certes, fini par interdire en 2007 le Paraquat (plus connue sous le nom de Gramoxone, cette substance détruit toute forme de vie végétale en 48 heures ; c’est le 2ème herbicide chimique le plus vendu derrière le Roundup de Monsanto) produit par le groupe Syngenta et utilisé dans les plantations de bananes et d’ananas.
En revanche, le cas d’un nématicide chimique utilisé pour désinfecter les sols des plantations d’ananas est bien plus édifiant encore. Les producteurs d’ananas et les industriels de la chimie n’apprécient guère que l’on lève le voile sur son utilisation. On les comprend : commercialisé par le Groupe Aventis CropScience sous le nom de MOCAP 10-G-RP, l’Ethoprophos – c’est le nom de cette molécule – est officiellement estampillé « Extremely hazardous ». En clair, c’est l’un des 28 pesticides les plus dangereux du monde, rien de moins. Son interdiction dans l’Union Européenne aurait du intervenir il y a bien longtemps. Qu’attend la Commission Européenne pour légiférer sur l’Ethoprophos ? Combien de scandales devront être encore révélés avant que l’on cesse d’utiliser de tels produits chimiques ?


Le goût retrouvé


De telles pratiques sont néfastes pour les consommateurs et pour les ouvriers agricoles qui épandent ces produits. En 2007, l’émission de la télévision suisse A bon entendeur révélait qu’au Costa Rica, la situation est très préoccupante. Dans ce pays, plusieurs organisations non gouvernementales avaient déjà dénoncé les conditions de production de la banane. La situation semble encore pire aujourd'hui pour ceux qui travaillent dans les plantations d’ananas : absence de protection contre les produits chimiques, salaires misérables (200$ par mois), la liste des droits élémentaires bafoués est longue. La main d’œuvre nicaraguayenne paie le prix fort de la success story de l’ananas.

Que réserve l’avenir ? Selon nos informations, le géant Del Monte aurait mis au point le successeur du MD2, l’ananas « Honey Gold ». Mais pour l’heure, les responsables du département « produits frais » en de Del Monte France n’ont pas souhaité répondre à nos questions. A l’autre bout du monde, en Australie, des équipes d’agronomes issus d’instituts de recherche ont, semble-t-il, déjà mis au point le premier ananas OGM…

Fort heureusement, de telles pratiques n’ont pas cours partout dans le monde. L’ananas peut encore être synonyme de goût retrouvé, dans des conditions environnementales et sociales enfin dignes, en commerce équitable, par exemple, comme celui proposé sous la marque Max Havelaar dont l’offre se retrouve de plus en plus en grande distribution. Ce n’est pas tout : l’ananas bio est de plus en plus une réalité comme le confirme Henri de Pazzis, président de Pronatura, leader européen en distributio, de produits bio : « On peut trouver nos ananas chez Biocoop, Naturalia ou même chez Monoprix ». A la clef, des ananas exempts d’etephon (on utilise alors de l’ethylène naturel piégé par du charbon selon une méthode mise au point par le CIRAD), d’engrais et de pesticides de synthèse. Pour l’heure, la commercialisation de ces ananas variétés « Cayenne lisse » et « Bouteille » au Togo ne porte que sur un millier de tonnes par an et n’est pas encore parvenue à l’équilibre financier depuis son démarrage en 2005. Mais ses débuts sont prometteurs.

Ananas Label Rouge

A la Réunion, les producteurs ont intelligemment joué une autre carte hautement qualitative : celle de l’ananas Label Rouge (premier Label Rouge en date décerné à un fruit tropical) avec la plus prestigieuse variété d’ananas qui soit : le Queen Victoria (voir encadré). Démarrée en 2005 avec l’appui de la Chambre d’Agriculture, contrôlée par un organisme certificateur (OCTROI), la production ne se commercialise que par avion et à parfaite maturité selon un cahier des charges assez restrictif, notamment en matière d’utilisation de pesticides. « Ici, tout le monde semble avoir compris que la qualité est la seule bouée de sauvetage » confirme, sur place, Kent Techer, responsable d’OCTROI. Au final, le produit est exceptionnel, d’une complexité d’arômes assez inouïe. Il vaut bien quelques efforts pour le dénicher et son prix élevé, autour de 10€ le kg contre 1 à 2,5€/kg pour un ananas bateau classique.





« La Rolls de l’ananas, le Queen Victoria avion »

De petite taille – 600 grammes contre 2 kg en moyenne pour un Cayenne lisse ou un sweet (MD2) – cette variété est aisément reconnaissable dans les étals par sa belle couleur jaune d’or et par les intenses parfums qui se dégagent du fruit. Sa provenance ? Réunion (en conventionnel et en Label Rouge), Madagascar, Maurice, Afrique du Sud. Acheté par le grossiste en moyenne à 3€/kg (0,80€ pour le producteur ; 1,9€ de fret ; 0,30€ d’emballage), on le retrouve entre 7 et 10€ le kg. Aucun doute, c’est le meilleur ananas du monde. Dégustez-le tout simplement, fermez les yeux et régalez-vous d’une expérience sensorielle forte comme un baiser d’amour. Seul bémol : le fruit se révèle fragile. La solution : consommez-le sans attendre car il arrive mûr à point. Au contraire, un séjour au frigo lui donnerait le coup de grâce. 





Que boire avec ? 

Au dessert, en accompagnement d’un ananas rôti embrôché d’une gousse de vanille Bourbon ou de Tahiti, un petit godet de Jurançon (domaine Vignau-La Juscle, domaine de Souch) ne se refuse pas. Un Sauternes aux parfums bien rôtis fait aussi l’affaire (château Guiraud, château Raymond-Lafon, ou, soyons fous, du château de Fargues). A moins de se lancer à la chasse au Rhum, vieux (JM ; J. Bailly) ou « arrangé » par vos soins.





L’ananas fait maigrir. Info ou intox ? 

Consommé frais, l’ananas possède la faculté de favoriser la digestion parce qu’il contient, comme le kiwi, de la Broméline, un enzyme « protéolythique » qui digère jusqu’à 1000 fois son poids en protéines. Résultat : la Broméline attendrit la viande, empêche la gélatine de prendre, fait « tourner » le lait, et amollit les fruits les salades de fruits (d’où l’importance d’ajouter l’ananas au dernier moment). En revanche, cet enzyme ne digère par les graisses. Suivre une cure d'ananas peut faire perdre du poids, mais surtout de l'eau et du muscle…



Une plante singulière 

L’ananas est une plante qui ne se sème pas et se forme sans aucune fécondation ! La reproduction se fait par les bulbilles de la souche du fruit. Une hampe apparaît au centre d’une rosette de feuilles. Elle contient de petites fleurs roses ou bleues qui se transformeront en de tout petits fruits qui, en se soudant les uns aux autres, donnent naissance au gros fruit que l’on connaît. Au moment de la récolte, de 18 à 22 mois se sont écoulés depuis la plantation de la souche. L'ananas est une plante tropicale qui meurt si elle est exposée à une température inférieure à 10°C. Elle requiert un sol bien drainé, riche et acide.




Bon à savoir



La couleur et la qualité n’ont rien à voir. Un ananas vert (Champaka ou Cayenne lisse ou blanc (ananas Bouteille) peut être excellent.

Vérifiez que le plumet (la couronne) ne doit pas être fané. 

Un ananas mûrit de bas en haut. Il est donc plus mûr à sa base. 

Ne le conservez pas au réfrigérateur car il meurt au dessous de 8°c.