mercredi 12 mai 2010

Chute, fracas et silence, lisez DITS DU GISANT




Des histoires d'hommes qui montent, qui penchent et qui marchent, on en lit souvent. Les récits d'hommes qui tombent sont bien plus rares. Et pourtant, tout est là, dans la chute. Dans l'aiguille des Pèlerins, au-dessus de Chamonix, où Jacques Perrin se trouve ce 9 février là, dans une voie d'escalade au nom prédestiné, One Step beyond ("un pas au-delà")...

Jacques Perrin a les mots pour le dire : "quand on tombe, on ne cesse jamais de tomber"...

Pulverisé, il le sera des mois durant, le corps en lambeaux, de chambres d'hôpital en salles d'opérations. Avec quels mots raconter la pesanteur, la douleur et la grâce retrouvée? Ceux de Jacques Perrin sont des incises sur incises gagnées, à l'arraché, sur le noir sans lumière. Et c'est cela qui nous bouleverse tant, au fond, dans Dits du gisant. Cette façon de raconter la volonté sans certitude, sans la grandiloquence attendue, un peu comme l'aurait fait un Erri De Luca, à qui je n'ai pas cessé de penser durant le livre de Jacques Perrin.

La montagne n'a pas voulu de lui. Mais elle mettra un temps infini à le décider.

Puis le visage se refait, les mots reviennent. Le rétablissement  est là. Le visage sort de l'ombre.

Mais le mot sans ombre est pareil au vin sans ombre. Immense buveur de vin, Jacques Perrin sait depuis longtemps ressentir tout le jeu entre la réalité qui s'empare de nous et ce que nous en percevons. Il sait mettre à distance ce corps qui durant ces mois habite la douleur et l'ombre. Qu'on ne s'y trompe pas, Dits du gisant n'est pas un récit sur la mort, ni sur la vie, du reste, mais sur la fragilité. L'un des mots sublimes de la langue française.

Je m'amuse à penser à la première forme de verticalité du livre, celle de la montagne, du dessus, qui se transformera durant le récit en une autre verticalité, celle du dessous, du goût de la terre, et apportera sa part d'apaisement par le message du vin dans ce corps meurtri.

Comme le dit si bien Jacques, on ne boit pas, on "boit à ". A l'apaisement, donc.

Merci pour ce grand livre, cher Jacques Perrin. Tu liras plus bas en forme de dédicace, un morceau de Fureur et mystère...

J'habite une douleur (poème pulvérisé)

Ne laisse pas le soin de gouverner ton coeur à ces tendresses parentes de l'automne auquel elles empruntent sa placide allure et son affable agonie. L'oeil est précoce à se plisser. La souffrance connaît peu de mots. Préfère te coucher sans fardeau: tu rêveras du lendemain et ton lit te sera léger. Tu rêveras que ta maison n'a plus de vitres. Tu es impatient de t'unir au vent, au vent qui parcourt une année en une nuit. D'autres chanteront l'incorporation mélodieuse, les chairs qui ne personnifient plus que la sorcellerie du sablier. Tu condamneras la gratitude qui se répète. Plus tard, on t'identifiera à quelque géant désagrégé, seigneur de l'impossible.
Pourtant.
Tu n'as fait qu'augmenter le poids de ta nuit. Tu es retourné à la pêche aux murailles, à la canicule sans été. Tu es furieux contre ton amour au centre d'une entente qui s'affole. Songe à la maison parfaite que tu ne verras jamais monter. A quand la récolte de l'abîme? Mais tu as crevé les yeux du lion. Tu crois voir passer la beauté au-dessus des lavandes noires...
Qu'est-ce qui t'a hissé, une fois encore, un peu plus haut, sans te convaincre?
Il n'y a pas de siège pur.

René Char 

Pour vous procurer DITS DU GISANT, c'est ici : http://www.amazon.fr/Dits-du-gisant-Jacques-Perrin/dp/2881088902/ref=sr_1_1?ie=UTF8&s=books&qid=1264753153&sr=8-1

Le blog de Jacques Perrin : http://blog.cavesa.ch/


lundi 10 mai 2010

Je cuisine World, je bois quoi?

World-food, cuisine fusion, ethnic cooking, les cuisines du monde s’invitent à table. Que boire avec ces saveurs originales et parfois explosives?


Japon. Avec des sashimis de thon, saumon blanc et rouge accompagnés de wasabi et riz nature.
Crémant de Bourgogne 2006 du domaine Les temps perdus. Prix : 8,50 € au Domaine à Prehy (tel : 03 86 41 46 05 ). Voir mon post du 27 octobre 2009.
Antisèche : un effervescent – comme ce Crémant – joue sur un contraste réussi avec ces bouchées de poisson cru gras par la vivacité de ses fines bulles.



Afrique. Avec un mafé de bœuf (sauce à l’arachide, ail, piment et pommes de terre).
Little Garance, Vin de table rouge 2008 du Domaine Rouge Garance. Prix : 4 € env. au Domaine à Saint-Hilaire d’Ozilhan (tel : 04 66 37 06 92).
Antisèche. Pour rafraîchir ce plat délicieux mais pas franchement aérien (l’arachide !), ce rouge léger comme une plume est parfait.



Chine. Avec un rôti de porc caramélisé au miel, soja noir et jus d’oranges.
Eloge d'automne 2005, vin de table, Domaine Terre des Chardons (Gard). Prix : 15,50 € sur www.vins-étonnants.com. 
Antisèche. Il faut oser un accord aussi improbable, à priori, entre un vin blanc liquoreux et ce plat sucré-salé. Résultat : une harmonie…très zen !



Thaïlande. Avec des crevettes sautées au lait de coco, galanga, citronnelle, basilic thaï et amandes.
Chablis La Boissonneuse 2008 du domaine Jean-Marc Brocard. Prix : 13,80 € au Domaine à Prehy (tel : 03 86 41 49 00).
Antisèche. Epicé, iodé, citronné, ce Chablis l’est exactement comme ce plat. Un fascinant jeu de miroirs.



Inde. Avec un Curry d’agneau et riz basmati.
Gewurztraminer d’Alsace 2008 cuvée « les éléments » du domaine Bott-Geyl. Prix : 11 € au domaine à Beblenheim (tel : 03 89 47 90 04).
Antisèche. Ce vin blanc au toucher de bouche très « satin » donne un chic fou à ce plat souvent un peu rustique.




Tex-Mex. Avec des Fajitas de bœuf et salsa à la tomate, oignon, coriandre et piments jalapeño.
Côtes du Rhône villages rouge 2008 du Domaine d’Andezon (Cave des vignerons d’Estézargues). Prix : 7,10 € à la Cave (tel : 04 66 57 03 64).
Antisèche. Un vrai combat à coup de flèches épicées et de fruits noirs poivrés. Explosivo !




Maghreb. Avec un tajine de poulet aux citrons confits, amandes, raisins et olives.
Gigondas cuvée « le Grand Montmirail » 2007 du Domaine Brusset. Prix : 15 € au Domaine à Cairanne (tel : 04 90 30 82 16).
Antisèche. La richesse des arômes du plat appelle un vin à la hauteur : puissant, gras et sensuel comme un parfum oriental.


BONUS TRACK



« Cuisine et influences, vins d’ici et goûts d’ailleurs » de Marc et Philippe Delacourcelle. On craque forcément pour cet ouvrage culinaire singulier, fruit des nombreux voyages en Asie de ces deux frères fins restaurateurs à Paris (le Pré Verre, 5ème arrdt.). Au menu, des recettes fusion intrépides (mais faciles) qui tirent le meilleur parti des produits et des préparations lointaines telles le démoniaque « chou Shanghai au caramel d’olive noire » ou le « confit froid de fenouil à l’orange et à la coriandre ». (Agnès Viénot Editions, 2006, 192 p., 29 €).




« Le vrai goût du Mali, une traversée du pays en 50 recettes » par Lydia Gautier et Jean-François Mallet. Attention !, cet ouvrage n’est pas qu’un livre de cuisine de plus mais une petite merveille de culture et d’histoire des diverses traditions culinaires de ce pays dont la fameuse « cuisine du désir ». De quoi réchauffer nos cœurs et nos corps cet hiver. Photographies sublimes. (Editions Aubanel, 2006, 159 p., 37 €).









Acheter ses épices en ligne? C'est possible et c'est ici, chez Olivier Roellinger, le top du top 
www.maisons-de-bricourt.com/shop_roellinger/index_boutique.php








La world-food sur le Net 
On file sur le site saveurs du monde, une vraie cyber-caverne d’Ali Baba pour dingues de cuisines du monde. Ce diable de site québécois fourmille de mille et une recettes classées par pays selon leurs régions et leurs traditions. Il décrit quantité de produits, exotiques pour la plupart. On en choisit un sur une envie, on valide et hop, apparaît une liste de recettes détaillées (et illustrées) de grands chefs. Juste indispensable. www.saveursdumonde.net







dimanche 9 mai 2010

Dans la série "Si vous aimez ça...vous adorerez ce vin"...Noir c'est noir





Marée noire, retour des cendres noires du Eyjafjallajökul, le noir est partout en ce moment. 


Ce noir parfois si lumineux, dans l'oeuvre du peintre Pierre Soulages et au fond, dans certains vins aussi. Des vins blancs, rosés, gris, rouges, ça, on connaît. Mais des vins noirs? 


En matière de vin, tout est question d'humeur, il y a des soirs, où j'ai envie de légèreté, de finesse, d'autres où c'est de noir dont j'ai besoin, de matière, de Mahler, que ça cogne, c'est comme ça, mais attention, sans m'assommer. Le vin doit demeurer liquide et me ramener à la vie après, c'est ça aussi, ce que je lui demande. 


Pas facile à dénicher, un grand vin noir. Cahors, (surnommé "vin noir")? Non, pas aujourd'hui. 


Bandol? Trop fastoche. 


Alicante? Là, on se rapproche bigrement, j'ai le souvenir ému de ce pur Alicante-Bouschet, le roi des cépages dits "teinturiers" qui fut tant utilisé pour donner de la couleur à quantité de Bordeaux ultra dilués pendant des décennies; pour le plaisir, le remarquable vigneron Christophe Bousquet, du Domaine de Pech-Redon, en Languedoc, dans le massif de la Clape, en fit un stupéfiant vin de pays, pour une expérience extrême. Mais à ma connaissance, l'attachant Christophe a arrêté la production de ce vin. Non pas que des clients à lui étaient devenus aveugles, ça, non. Mais notre homme a recentré récemment sa gamme, et ça c'est bien normal pour un vigneron comme lui désormais en bio, avec tout le travail dans les vignes que ça suppose.


Madiran (issu du cépage - variété de raisin - Tannat, qui, comme son nom l'indique, tanne le verre comme aucun autre ou presque)? Mouais...why not, mais  bon, j'ai autre chose pour vous. Reprenons. 




Si vous aimez ça...








Vous devriez forcément adorer ce vin : 











Thierry Navarre, dans les derniers contreforts des Cévennes, à Roquebrun, dans l'appellation Saint-Chinian (un vin qui l'on donnait jadis aux malades pour les remonter). J'ai rencontré l'homme plusieurs fois lorsque je travaillais avec Jean-Pierre Coffe. La cuvée Olivier, c'est un pur jus de schistes, de terre, de fruits noirs réglissés. Un vin qui plairait sans doute beaucoup à Jean Nouvel. Compter une dizaine d'euros, pas plus.


Maintenant, à vous d'imaginer le frichti qui va avec.



vendredi 7 mai 2010

"Austérité", "rigueur", apprenons à tout diviser

Quand la rigueur est décidée par messieurs Sarkozy et Fillon, leurs amis et les amis de leurs amis, on doit apprendre à tout diviser pour vivre ou... survivre, pour les plus fragiles d'entre nous.

Le communiqué de Matignon précise : « Les dépenses de fonctionnement courant de l'Etat diminueront de 10% en trois ans, avec une baisse de 5% dès 2011. Un effort de productivité de même ampleur sera demandé aux opérateurs de l'Etat. » L'ensemble des dépenses « d'intervention » fera l'objet d'un « réexamen ». Décodons : par "dépenses d'intervention", il faut comprendre les dépenses d'aide à l'emploi ou au logement…

Rien de tel que ce sujet mitonné par les géniaux Magne & Viard pour faire réfléchir. Régalez-vous et...n'oubliez pas de diviser.

J'ai trouvé le truc pour doper le business du vin!

jeudi 6 mai 2010

花見 l'HANAMI QUI VOUS VEUT DU BIEN



L'hanami,  ça vous dit quelque chose? Non? Vous allez voir, ça va vous plaire.
Cette tradition japonaise consiste à se livrer à la contemplation des pruniers (ume) puis, chronologiquement, des cerisiers (sakura) en fleurs, chaque année, entre amis ou en famille, bien souvent à l'occasion d'un beau pique-nique sous les arbres.
Chaque année, au Japon, entre mars et mai, c'est la même histoire, les télés couvrent cet événement très populaire, des prévisions journalières indiquent aux téléspectateurs les mouvements de la ligne de floraison pour prévoir les prochains lieux d'hanami..

Faites l'hanami, pas la giri. Je suis à 100% l'auteur de ce jeu de mot alambiqué et fier de l'être. Vous aussi, faites la fête sous un arbre en fleur, sortez victuailles, couverts, beaux verres en verre, sel, poivre, bougies, sauciflard, vins et instruments. Et profitez de la vie avant qu'il ne soit trop tard.

Dans la série "Si vous aimez ça"...

Si vous aimez ça...


peinture du XVe s. attribuée à Luciano Laurana


Vous adorerez ce vin-là :


Domaine Bernard Moreau père et fils, Chassagne-Montrachet 1er cru Les Grandes Ruchottes blanc 2007.



Même construction fascinante toute en perspective, même soin du détail, même atmosphère dans le tableau et dans le vin. Deux chefs d'oeuvre.




Le travail des enfants dans les plantations de tabac au Brésil : Une enquête exceptionnelle diffusée à A BON ENTENDEUR




Depuis le 1er mai, fumer est interdit dans les établissements publics de toute la Suisse, à quelques exceptions près. Les plus grands cigarettiers vont pourtant continuer à rouler sur l'or ! Les trois plus grands s'approvisionnent au Brésil, où des enfants travaillent dur dans les plantations. Le tabac nuit gravement à la santé, pas seulement à celle des fumeurs. Des familles entières de planteurs sont intoxiquées par une culture qui leur apporte juste de quoi vivre et des dettes ! Reportage exceptionnel dans le sud du Brésil diffusé dans l'émission A bon entendeur,  pour laquelle j'ai l'honneur de travailler depuis 6 ans.

Visionnez-là gratuitement sur le site de l'émission à www.tsr.ch/emissions/abe.

Rediffusions sur TV5 Monde.




mercredi 5 mai 2010

Dans la série "Si vous aimez ça"...

Si vous aimez ça


Paul Klee, Maibild, huile sur toile, 1925.



Vous devriez adorer ça


DOMAINE DE LA GRAGE DES PERES, vin de pays de l'Hérault rouge 2001



REW : A revoir aussi mon post du 17 juin 2009 qui a initié la démarche : http://augoutdumonde.blogspot.com/2009/06/dans-la-serie-un-vin-un-tableau.html




REW (2) : pour en savoir plus sur la Grange des pères, foncez sans attendre sur le site de mon ami Jacques Perrin, qui vient justement de faire une dégustation mémorable de cette Grange des pères, c'est extra et c'est ici :


http://blog.cavesa.ch/index.php/2010/05/02/196293-la-grange-des-peres-grand-vin-mythique-du-languedoc











LE BEAUJOLAIS BU DU CIEL


au-dessus de l'appellation Moulin-à-Vent.

vendredi 30 avril 2010

Les indispensables de Thomas : La Transviticole alsacienne

Vous aimez vraiment la musique? Vous n'imagineriez pas en rester à l'écoute de vos disques, chez vous, claustré derrière votre porte blindée. Rien de plus vivant qu'un concert, je suis d'accord avec vous.

Pour le vin, c'est exactement la même chose. Les crus que l'on aime, il faut aller les "écouter" sur place, il faut les voir interprétés par leurs vignerons, sur leurs terres. Le voyage gourmand n'est pas un simple voyage, c'est une expérience. Une expérience. Quelque chose que l'on vit. Nom de bleu, si la Nature vous a offert le don de pouvoir lever le coude avec grâce, il faut prendre ses jambes à son cou et filer dans les vignes!

En Alsace, même un aveugle verrait le lien qui relie si parfaitement le vin et ses paysages. Pas besoin d'avoir fait Saint Cyr, tout le monde peut y arriver.

L'Alsace, c'est même un excellent test pour savoir si vous avez en face de vous quelqu'un qui touche sa bille en matière de vin. Pourquoi? Eh bien je vais vous le dire : l'Alsace, (je ne vous ressors pas le refrain sur les maisonnettes colorées dans les villages de poupées, je parle de l'Esprit alsacien), c'est un passage obligé dans la vie de l'honnête homme. Que les choses soient bien claires : après un beau week-end prolongé entre haut et bas Rhin, quand vous avez en bouche un grand riesling du Brand, c'est tout le paysage que vous revoyez et ça vous étreint forcément. Quand vous vous baladez dans les pentes du Geisberg, vous n'avez plus qu'une envie : boire ce paysage-là. Avec le vin, c'est possible. Le vin, ça nous relie par le haut et par le bas à quelque chose. J'ai essayé avec le Fanta, pas moyen.

FWD : samedi, 20 h, vous voilà enfin revenu du Vieux Campeur harassé, vous avez réalisé l'impossible : essayer 32 paires de godillots de marche pendant 3h46 minutes avant de trouver chaussure à votre pied! Fier comme Artaban, sac vert flashy du "Vieux" en main, vous avez quitté le quartier Latin, à Paris, avec une énergie de tous les diables, presque une envie d'envahir la Pologne avec vos souliers aux pieds.

Vous les verriez, mes souliers (voir un post daté du 23 juin 2009) , justement, ils n'ont plus rien envie d'envahir du tout, ils en ont vu du paysage de coteau vineux, par tous temps, sous toutes latitudes possibles, ou presque!

Ils n'étaient pas encore venus au monde, mes souliers, que je connaissais déjà ces trois lascars-là, Marc Heimermann, Jean-Louis Keller et Philippe Lutz. Avec des noms pareils, vous vous doutez bien qu'ils ne jouent pas au foot à Marseille. Un jour, je les ai même rattrapés pendant l'une de leurs dantesques aventures pédestres, c'était du côté d'Ammerschwihr, si je me souviens bien. On a refait le monde ensemble, on a causé gewürztraminer, du klevener d'Heiligenstein et j'ai aimé leur faim de pentes.

Comme je suis pistonné, on m'a m'a fait passer l'ouvrage qu'ils viennent d'écrire en trio. Mais puisque je vous ai à la bonne, vous le savez bien, je vous glisse au creux de l'oreille la photo de couv' du bouquin, paru aux éditions Rugé.

17 euros ne vous ruineront pas. Surtout pour 13 étapes et 230 km de baroudes finement détaillées dans les plus beaux arpents entre Marlenheim, au nord, et Thann, à l'extrême sud de la Route des vins d'Alsace.

En comptant bien, ça nous fait du 7 centimes d'euro au kilomètre. Qui a dit que l'oenotourisme c'était réservé à une élite?

vendredi 16 avril 2010

Bernard Giraudeau, la grâce comme un bijou que l'on porte trop rarement sur soi






J'écoutais ce matin Esprit critique, la formidable émission de Vincent Josse sur France Inter. Elle était consacrée ce vendredi 16 avril à la bibliothèque de Bernard Giraudeau.




Pour être tout à fait franc, je ne l'ai pas trouvé en grande forme notre Giraudeau de choc, ce matin. Je le sais atteint d'un second cancer, ce n'est un secret pour personne, mais ce matin, je l'ai trouvé épuisé, ça m'a rendu triste. J'aimerais lui dire, j'aimerais vous dire que cet homme-là est l'un des petits cadeaux qu'offre la vie pour beaucoup d'entre-nous. Il y a du monde dans cet homme, sa vie est tout en raffinements de l'âme, avec du théâtre, puis du cinéma, puis de la la vraie et grande littérature (jetez-vous sur son chef d'oeuvre, Le marin à l'ancre, paru chez la grande éditrice Anne-Marie Métailié). Abstract de l'éditeur : Roland y est paralysé et cloué dans son fauteuil roulant. Bernard, lui, est acteur, il a été marin et parcourt le monde. Pendant plusieurs années, il a écrit à son ami, le faisant ainsi participer à ses aventures sportives, théâtrales, cinématographiques et personnelles. Il a voyagé pour lui. Loin du tourisme et de l’auto complaisance, ces lettres forment un récit hors du commun, mêlant les souvenirs du marin de dix-sept ans qui découvrait, dans l’innocence, le monde des ports et les femmes (la petite infirme de Diego Suárez, la geisha de Kobe, la dame de Balboa...) aux réflexions et aux sentiments de l’homme qu’il est devenu. Et qui se cherche de la Transamazonienne à la Patagonie et à l’Afrique, sensible aux injustices, aux parfums, à la sensualité, aux femmes.
Chronique d’une amitié sans pathos, ces lettres révèlent un regard précis et original servi par le style à la fois brutal et lyrique d’un " homme qui court par peur de tomber ".

Et puis Bernard Giraudeau c'est pour moi aussi le souvenir d'un autre Bernard, Rapp, encore un grand bonhomme. Si vous ne deviez voir qu'un seul film de de Bernard Rapp, ce serait celui-là : Une affaire de goût (fiche : http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=23997.html), sorti en 1999.

Au cinéma, le grand oeuvre de Bernard Giraudeau, pour son toucher de cachemire, c'est incontestablement Les caprices d'un fleuve (fiche http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=14356.html), dans lequel je me replonge de temps en temps. 



Ne mégotons pas sur la grâce. Ou bien ne fumons plus.








jeudi 15 avril 2010

Dans la série CHEAPEST BEST WINES OF THE WORLD, le Porto QUINTA DE VARGELLAS de TAYLOR


Il y a quelques semaines, j'ai initié rien que pour vos yeux une série diabolique : Les moins chers des plus grands vins du Monde. Vous-vous souvenez?
Après l'EAST INDIA XERES d'EMILIO LUSTAU, je continue ma série avec ce Porto absolument renversant. Justement, asseyez-vous, ça vaut mieux, je vais vous raconter.
C'est tout simple.
Imaginez que vous êtes en bas d'une échelle. 
Vous savez juste que le vin, ça se fabrique à partir du raisin. 


Montez d'un étage.
A ce moment, vous savez que la douceur et puissance d'un grand Porto, comme tous les vins dits "mutés", ça vient du "mutage". Dans la cuve, quand le raisin commence à fermenter (et donc à transformer son sucre en alcool), on ajoute à un moment précis, une quantité non moins précise d'eau-de-vie de vin (qui titre environ 77 % vol). Résultat? L'eau-de-vie stoppe l'action des levures qui, dès lors, ne peuvent plus transformer le sucre du raison en alcool . Dans la cuve, le jus est délicieusement fruité et sucré. C'est parfaitement normal puisque ce sucre n'a pas eu le temps de se transformer en alcool. Quand on goûte ce jus, alors, d'où provient la sensation d'alcool? De l'eau-de-vie ajoutée, bien sûr. Jusque là, vous suivez, tout va bien. 


Montez d'un étage. 
Ce sont les simples Portos Ruby, sans aucun intérêt pour l'esthète dans 99,9% des cas. Les mauvaises langues disant "portos rebus" pour les qualifier (il est bon de rire un peu).


Montez d'un étage.
Ce sont les Vintage Character, que l'on appelle maintenant Ruby réserve ou Finest réserve. Attention, les vintage character n'ont rien à voir avec les Vintage dont je parlerai plus loin. Attention au marketing, les Maisons de Porto savent y faire, comme les Maisons de Champagne.


Montez d'un étage.
Ce sont les Portos Tawny et le Colheitas (ce sont les Tawnys millésimés donc issus d'une seule année censée être bonne). Ils ont vieilli au minimum 5 ans dans des barriques de chêne. Au contact de l’air et du bois, ces vins se sont oxydés. Les plus vieux ont subi ce vieillissement pendant plus de 40 ans, certains sont de petits vieillards cacochymes et pas propres du tout, d'autres sont tout bonnement extraordinaires.


Montez d'un étage. De là, vous devez apercevoir Montmartre.
A cet étage on arrive surtout au niveau du Porto Late Bottled Vintage (L.B.V.), Porto issu d’un seul millésime, et d'un bon millésime, mis en bouteille après un vieillissement de 4 à 6 ans, donc tardivement (d'où le Late bottled). Sa capacité de garde n'est pas formidable en bouteille et je déconseille de le conserver en cave trop longtemps.


Montez encore d'un étage, vous n'êtes plus loin du but. Vous apercevez les alpes et même le Mont Blanc.
Là se trouve le Vintage Port, issu exclusivement d'un millésime censé être d'une qualité exceptionnelle. Les raisins proviennent de la plus qualitative des 6 catégories possibles. Le vin est élevé en fûts de chêne pendant 2 ans. Résultat? Des arômes d'une noblesse qui peut être inouïe. Si vous apercevez en magasin des bouteilles estampillées  Crusted Port, sachez que sont des assemblages de plusieurs années mais élevés en fûts comme des Vintage Ports. 


Montez encore jusqu'au niveau ultime, le Vintage single quinta. Un Vintage qui provient d'un seul domaine au terroir bien défini (un domaine se dit quinta - prononcez kinta - en portugais). C'est là que j'en arrive à ce Porto de rêve de la quinta de Vargellas, située dans un recoin complètement paumé de la vallée du Douro. C'est la Maison Taylor, Fladgate & Yeatman qui possède cette quinta   où tous les soins sont prodigués pour donner naissance au plus grand vin possible.


On ne boit pas un vin pareil, c'est lui qui vous voit, vous engloutit, vous submerge. Les mots ne viennent pas, c'est normal. Laissez les longues phrases en sauce aux journalistes et aux sommeliers, le vin c'est un sentiment, tout ne s'explique pas. 


Le prix de cette splendeur non plus, 55 euros seulement le 2001 sur un site comme wineandco, par exemple. Que ça reste entre nous.







mercredi 14 avril 2010

L'AUBRAC, rapsodie pour jaja et viande rouge



Parigot comme moi, ne cherchez pas, on n'en fait plus. Le moule est cassé.

Parigot ça veut dire aussi se relever en pleine nuit à 3 heures parce qu'on vient de rêver d'une côte de boeuf. Et quand on se réveille en pensant à ça, faut conclure. Lorsque vous serez dans le sapin, y aura plus rien à conclure, l'affaire sera déjà dans le sac.

Jadis, j'ai habité à quelques mètres du boulevard Montparnasse, pendant mes chères études. Je me rendais souvent au "Module", à deux pas de La Coupole et du Sélect. Ah le Module! impossible de s'y retrouver marron : 7 jours sur 7, jusqu'à 6 heures du mat', on pouvait s'attabler devant un honnête frichti, tout simple, mais pas en rêve. Le premier Libé du matin arrivait tout chaud. En solution de repli, dans mon quartier, il y avait aussi le Drugstore, au coin de la rue de Rennes et du boulevard Saint-Germain. Ah, vous aussi, vous avez connu?

Le temps a emporté avec lui les rires des enfants que nous fûmes (la fumée, ça ne nous dérangeait pas du tout, on fumait tout ce qui prenait feu, mais ça c'est une autre histoire).
Le Module a fermé et a été racheté par la chaîne de restauration vomitive "Chez Clément". Le Drugstore s'est transformé en magasin Armani. Séquence "prends l'oseille et tire-toi!"

Dîner au coeur de la nuit à Paris, c'est encore possible, plutôt rive droite du reste. Dans le 18e, le 20e, le 17e, le 9e.
Dans le 8e, sur les Champs, une artère attire les viandards de tout poil, la rue Marboeuf.
Au 37, lever de rideau 7 jours sur 7, 24 h sur 24 à l'Aubrac. Mine de rien, ça dépote, à l'Aubrac. Grosso modo 500 couverts par jour. Oui Madame. Une bidoche en direct (le tôlier est éleveur dans l'Aveyron), une carte des vins de première bourre.
Sachez-le puisque c'est tout neuf, une autre mélodie se joue aussi en sous-sol, oui Madame, à la même adresse, c'est le chef Laurent Durot qui m'a affranchi aujourd'hui même. Vous voyez bien que je vous ai à la bonne, j'ai fait fissa pour vous affranchir vous aussi. Ce clandé (qui maintenant n'en est plus un) est une salle de jeu où l'on s'adonne au Multicolore. Mais non Madame, pas le jeu, le picrate! Dans les trois couleurs, rouge, blanc, rosé et sur table, à tous les coups on gagne. Rien que du jouissif, du beau carbure, du festif. Jamet, Janasse, Uroulat, Beaucastel, Jacquesson, et tout. Puisque je vous dis.

La maison de l'Aubrac, 37 rue Marboeuf 75008 Paris, Tél. 01 45 61 45 35.

mardi 13 avril 2010

Une coupe de Champagne avec Eric Rohmer






Perceval le gallois, une sacrée expérience de cinéma, le génie de Rohmer, un conquérant de l'inutile qui vient de nous quitter. Et son Perceval, Chevalier de la Table Ronde, à la quête du Graal, comme quelques-uns d'entre-nous.
Moi, je me contente de faire trempette dans une coupe de Champagne.
Mais pas n'importe lequel, qu'est ce que vous croyez? Bienvenue dans la Côte des Blancs, à Cramant, chez les Lancelot-Pienne (ça ne s'invente pas, et c'est même içnouï, dans la vraie vie, le vigneron Gilles Lancelot a épousé sa femme, née Céline Perceval), auteurs de ce Perceval 2005 (vendu autour de 37 euros pièce).
Champagne Lancelot-Pienne. Ca ne vous dit rien? Normal, ce n'est pas une marque mais un vrai Domaine vigneron format mouchoir de poche. Pas de quoi dégainer ses kleeenex, les vignes sont souriantes, en pleine forme, et pas à coup de chimie (contrairement à tant de leurs voisines champenoises, voir la-dessus une émission édifiante d'A Bon Entendeur consacrée aux coulisses du business du Champagne, c'est ici www.tsr.ch/tsr/index.html?siteSect=311201&sid=7344441).
Un authentique artisanat comme on les aime. Quand on comprend une bonne fois pour toutes que le Champagne n'est pas une marque - que le marketing fait rentrer dans nos caboches à coup de marteau - mais surtout du vin. Oui, du vin, de la gaieté, quelque chose de pur et d'élancé en bouche, du glamour comme cette fille que vous avez croisée ce soir dans la rue en rentrant chez vous, ah, vous y êtes, cette seconde d'éternité, vous n'avez pas pu l'oublier, dites. Eh bien le Champagne, c'est pareil. Le vrai Champagne, on en tous besoin pour cette raison-là. Il faut vivre puisqu'on est là.

Copyright photo Thomas Bravo-Maza 2010.

dimanche 4 avril 2010

5 HOTELS PAS COMME LES AUTRES

L'Iglu Dorf à Zermatt, Suisse







































Le Havenkraan Hotel, en Hollande


















Le Vuurtoren Harligen, en Hollande





Le quai 48 Paris Vacation, peniche Simpatico, à Paris, France




































L'exploranter, Bresil









mercredi 31 mars 2010

LA MULTIPLICATION DES VINS

Un tour de magie hallucinant et québécois à déguster sur youtube ici
http://www.youtube.com/watch?v=lqFtjo2zp_4

Hymalaya du vin à des prix en plaine : le EAST INDIA jerez d'EMILIO LUSTAU



J'inaugure aujourd'hui une nouvelle rubrique qui ne devrait pas vous laisser indifférent. C'est tout bête mais personne n'y avait pensé avant : je vais vous livrer sur un plateau les moins chers des plus grands vins du monde.

Je vous pitche la démarche. Vous êtes nombreux à nous demander, à nous spécialistes de vins, de vous balancer notre top ten des plus grands vins du monde. Quand on n'est pas d'humeur chafouine (un mot qui plairait beaucoup à François Morel), on donne alors dans le "Leroy", "d'Auvenay", "Leflaive", "Yquem", "Margaux", "Petrus", "A. Salon", DRC, "Le Pin", ...j'arrête mon char, la liste est longue.

A quoi bon servir toujours la même soupe? Pourquoi diable gloser jusqu'au vertige sur des vins que vous ne pourrez jamais vous offrir? Quand on a les moyens de se payer ces vins-là sans réfléchir, disons qu'on a besoin de personne, on paie, et c'est tout.

Attention, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, qu'en outre ces vins seraient trop chers, que vous êtes fauchés, que ces boutanches ne vaudraient pas leur prix, etc...Je ne parle pas de ça. Je dis juste quelques-uns des plus grands vins du monde sont à portée de votre bourse, et ça vous ne le saviez pas.

Ces adresses-là se chuchotent entre initiés. Moi, ce qui me plaît, c'est d'allumer mon mégaphone. Je vais vous initier, vous allez boire ce que vous allez voir.

J'ouvre le feu aujourd'hui avec une grenade (je sais ce que vous allez me dire, que la sémantique guerrière pour le vin c'est un peu limite, mais disons que je ne suis pas d'humeur chafouine), je disais donc, j'ouvre le feu avec une grenade à 15,90 euros. Ben oui, 15, 90 euros. Pas 1590 euros. Grenade c'est le mot car ça se passe en Andalousie, cette histoire. Pas loin de Grenade. Dans des paysages incroyables de vignes qui mangent un cailloutis d'une blancheur folle. Faites votre petite enquête, vous verrez bien.

REW : Je reviens à ces 15,90 euros la bouteille. Pourquoi si peu cher pour un tel vin? Parce que c'est du Xérès. Et même si ça vient de chez Emilio Lustau; même si on ne peut plus ressortir son nez de son verre tellement ça vous envoûte, même si ça vous submerge le palais pendant de longues minutes, eh bien c'est quand même du Xérès (ou Jerez), et donc, c'est pas cher.

Puisque je vous ai à la bonne, un jour, je vous raconterai pourquoi c'est si grand un grand un grand Xérès. Mais pour le moment, l'important c'est d'agir et de ne pas perdre une seconde. Car c'est en ligne que vous pourrez faire main basse sur la voluptueuse. Sur Wineandco (je précise que je ne suis lié à aucun contrat publicitaire avec quiconque, que je ne fais pas de "ménages").

A vous de jouer maintenant.

Copyright photo Thomas Bravo-Maza 2010

samedi 27 mars 2010

J'AI FAIT UN REVE



La nuit dernière, j’ai fait un rêve. A la table d’un restaurant qui n’avait pourtant rien de « gastronomique », je choisissais le vin. Miracle ! La carte de Bacchus n’était pas incomplète ; elle ne comportait ni fautes d’orthographe, ni erreurs de millésimes ou de terroirs.

Aucun vin n’était mentionné par sa simple appellation. Le restaurateur parlait la langue de ceux qui aiment le vrai boire : un vin est une œuvre signée. En toute logique, à chaque cru correspondait le nom de son auteur.

Mieux encore, l’invite nous était faite de choisir non plus selon des régions – vieux réflexe des siècles passés - mais en fonction des plaisirs recherchés. Souplesse, fruité, opulence, subtilité…Ne demandant que cela, nos cinq sens allaient être mis à l’épreuve. Et pas uniquement ma culture bien fragile…
Le préposé aux boissons, qui avait eu la bonne idée de laisser au vestiaire la ringarde tenue du sommelier, nous fit alors sa première visite. Dans un style professionnel mais décontracté, sûr de lui mais sans jamais vouloir nous imposer ses choix, il nous servit…de guide.

Pour accompagner nos agapes, nous nous laissâmes emmener par cet homme sur des chemins inattendus.

L’antre d’où nos flacons arrivèrent porte un nom tombé en désuétude dans le monde de la restauration : la Cave. Ah ! qu’il est bon de descendre à la Cave, en ces lieux où, bien rangés, les breuvages attendent patiemment leur heure, couchés mais vivants.

Comble de l’extase, nous pûmes enfin nous régaler d’un vin blanc qui ne nous avait pas été servi frappé, glacé, stérilisé. Soigneusement rafraîchi, le vin nous rendit au centuple l’effort consenti.

Dans mon rêve, je me souviens que ce soir-là, le rouge versé à table glissa dans nos bouches avec toute la sensualité espérée. Ses exhalaisons nous auraient presque fait oublier sa chaleur naturelle en alcool. Une expérience qui ne peut être vécue si le vin est servi bouillant comme mon sang.

Le repas s’est achevé sur le seuil de ce restaurant. Entre clients respectés.

Au matin, je me suis réveillé avec le souvenir de ce rêve. La vie avait soudain le goût du bonheur. Et les couleurs de l’amitié partagée. 

jeudi 18 mars 2010

L'australie comme si vous n'y étiez pas : le grenache de Clarendon Hills



Un drôle de titre pour un petit post sur un vin tout en subtilité.

Le Grenache 2006 cuvée Romas de Clarendon Hills estate.

Si peu australien, surtout si l'on décrit les vins australiens par leurs excès. Dans cette grande bouteille décidément pleine de surprises surgissant au fil des minutes, très peu de sucre; bien au contraire, une droiture élégante, à la James Stewart, un rien guindée mais très attachante.

Finalement, un vin qu'on n'oublie pas de sitôt.

En dégoter une bouteille, ça en revanche, en France, c'est nettement plus coton. Nos cavistes préférés ne m'ont que très rarement épaté par leur capacité à relever leurs lunettes demi-lune en direction de nos voisins immédiats...Alors, l'Australie, pensez donc...

Furetez, grattez, promenez votre museau un peu partout. Peut-être aurez vous la chance un jour de vivre ce beau moment.

Si c'est la cuvée Astralis (une pure syrah) qui s'offre à vous aussi, n'hésitez pas une seule seconde. Même pas un dixième de seconde. La bouteille vous effraie par son prix ? Volez-la.




Roman Bratasiuk










Vignoble de la cuvée Romas, visez-moi ces vénérables ceps taillés en gobelets, le plus mode de conduite de la vigne qui soit.












mardi 16 mars 2010

Voter? Oui, mais si vous repreniez vraiment le pouvoir?



Hier midi. Lendemain d'élection. un rayon de soleil dans Paris ou j'habite, au fond d'une impasse.
Une lourde table de jardin en fer forgé y a été abandonnée. A midi 16, je suis en train de travailler sur une prochaine émission de A bon entendeur (www.abe.ch) sur la cuisson des aliments et notre santé. Le téléphone sonne. On me propose de venir au soleil occuper les lieux dans l'impasse, et faire un sitting, manifester ma joie et partir à la plage (il a fait soleil entre midi 16 et midi 39) sur le pavé. Vous me connaissez, tel un personnage des frères Coen, j'ai dit "Ok alors".
J'apporte avec moi ce fulminant Clos Baquey 2005, un rouge pimpant, séducteur en diable, mais jamais putassier. Une étoffe de velours pourpre, ce vin.

Le pouvoir n'appartient pas qu'aux riches et aux hobereaux bien mis. Il ne conjugue pas qu'à Bordeaux, qu'en Bourgogne, ou en Champagne.

Prenez le pouvoir, nom de Dieu et intéressez-vous à des vins comme ceux d'Elian Da Ros!

REW : ça se passe en Marmandais, dans sud-ouest, le pays de la tomate et du coup de rouge syndical qu'il nous faut. Pas partout en Marmandais, bien sûr. Je veux bien sûr parler de tous les vins d'Elian Da Ros, et particulièrement de celui ci à qui j'ai donné en bonne compagnie le coup de grâce hier. Il y des moments où il faut cesser de subir le sourire narquois du vin qui vous toise de l'intérieur de la bouteille. Aux armes! Puisque le tire-bouchon n'est jamais loin.
Le patron, c'est moi, c'est vous. Et c'est aussi à Cocumont que ça se passe. Chez un vigneron fidèle à des prix qui nous parlent, car le peuple, c'est vous, c'est moi.



Elian Da Ros, Laclotte, 47250 Cocumont, 05-53-20-75-22



jeudi 11 mars 2010

Une aventure en Californie avec un Saké































On ne quitte pas l'Amérique comme ça. On a beau dire ce qu'on veut, l'Amerique même pour un petit reportage d'une semaine en Californie, c'est quelque chose, la veille de reprendre l'avion, le coeur se serre, vous repensez à toutes ces émotions, à toute la route parcourue au volant de votre Pontiac en écoutant la radio à fond le coude au carreau, à ces gens du vin qui vous ont pris sous leur aile, avec qui vous avez passé des moments de fraternité - le vin c'est ça aussi - dingues. Ah, la Californie du Nord, faut voir ça avant d'entrer dans le sapin.

Ce soir-là, pas loin de mon hôtel, à Sausalito, c'était un restau japonais - son nom : Ran - que j'avais mis au programme de mes visites. Deux trois bribes d'infos sur l'endroit en tête, c'est tout. Pas réservé, pas moyen, au téléphone, la demoiselle au bout du fil m'avait gentiment éconduit. Vaille que vaille, je traverse la petite ville et je décide de tenter le coup. "Il faudra attendre 10 minutes, Monsieur" me répond le sylphide postée à l'accueil. Dans un restaurant dont vous allez tomber amoureux, vous le savez, tout est joué dans les premières secondes, là, bing, je sens qu'on va s'occuper de moi, qu'on a bien compris que j'ai faim, que j'ai besoin d'être "restauré", pas vrai? En cinq minutes, ma table sera mise, vous m'imaginez alors jûché sur mon tabouret de bar, serviette autour du cou, miaulant de plaisir à chaque passage de notre sylphide décidément inoubliable.
Le reste se passe presque de tout commentaire. Une salade, un peu de poisson cru, un assortiment de desserts.

Et du Saké, que l'on devine, dans son bol.

Entendons-nous bien : le saké est un vin - ou une bière - de riz. Et non, comme le croient 89,9% des français, cet alcool vomitif chinois servi par des chinois dans les faux restaurants japonais de la capitale ou d'ailleurs. Le vrai Saké, ça n'a rien à voir avec cette merde qui fait, du reste, autant honte à la Chine.

Le vrai grand Saké, c'est aussi noble qu'un Chambolle-Musigny de la Combe d'Orveau, qu'un volcanique Savennières ou qu'un Riesling Brand. Pas moins.

Mais c'est du riz, le Saké! Oui, mais pas n'importe quel riz, mesdames messieurs.

Et puis, on ne passe comme ça du riz au Saké, en distillant le tout sans y penser. On est au Japon, mesdames messieurs.

WASA - MIZU - KOME

Ce sont les trois critères qui distinguent le Saké du vin.

Wasa, le savoir-faire. Primordial, le rôle du toji, ou chef de production, impacte, par la tradition et un certain goût du secret, le style du Saké.

Mizu, l'eau. Sa pureté est déterminante.

Kome, le riz, enfin. de variété Miyamanishiki, Gohyakumangoku ou, considéré par beaucoup comme le plus fin, le Yamadanishiki, un riz qui donne les grands sakés Ginjoshu ou Daiginjo.

Kome, encore : le polissage du riz est une opération capitale. Un bon saké doit voir son riz poli à plus de 30% car c'est le polissage qui permet d'éliminer les impuretés.


Ce génial Saké avec lequel j'ai pensé à vous - je pense à vous bien plus souvent que vous ne le croyez - c'était un Daiginjo Junmai, poli à 48%, provenant de la plus vieille maison du Japon, Sudo Honke cuvée Sato No Homare, mis en bouteille le 24 aout 2009. Moi, la précision, j'aime ça.

Je n'étais même pas dans un jardin, j'étais rendu dans ce tableau de Van Gogh comme dans le film de Kurosawa, "Rêves".

Une douceur infinie. Une expérience qui vous rend attentif aux choses.

C'est ça le grand Saké, ça vous force à faire l'effort d'être attentif. Et ça vous le rend au centuple. Je suis jamais contre un peu de générosité.


Le lendemain, le neige avait fondu, douze heures d'avion m'attendaient avant de retrouver le bercail.