samedi 5 septembre 2009

CA PEUT PAS FAIRE DE MAL : Gewürztraminer Grand cru ET Munster fermier

Une grande bouteille, ça s'attend. Pourquoi vous précipitez-vous tout le temps comme ça? Ne mentez pas, je vous ai aperçu l'autre jour, dégoupillant sans y penser un illustre riesling Grand cru du millésime 2007. Une semaine auparavant, c'était un sublime Savennières du même millésime à qui vous vous veniez de donner le coup de grâce.
Je paraphraserai l'immense Claude Pieplu dans Palace : "Avez-vous bien réfléchi à toutes les conséquences de votre acte?".
J'arrêterai ici mes piques, il y a sans doute parmi vous des robustes, des nerveux, des cabines téléphoniques, je ne tiens pas au grabuge.

Et puis surtout, mon job, c'est de vous faire saliver, de vous mettre sur la voie, en joie, de faire parler le corps.

Orgie majeure au programme, justement, avec ce vin d'Alsace au nom long comme un jour sans pain, allez, je reprends mon souffle et j'y vais : un gewürztraminer Grand cru Goldert de la chapelle du Clos Saint-Imer du domaine Ernest Burn, goûtée dans le millésime 2000.


Vous voyez, ce vin, je n'en avais qu'une boutanche dans la cave, depuis 6 ans. Je temps en temps, je descendais lui parler, oh juste un mot gentil, une caresse, lui murmurant tous les espoirs que je plaçais en elle.
Ca s'est passé dimanche dernier. Vous savez ce que c'est, il y a des moment où l'on sait. J'ai osé Joséphine.

Dans notre monde moderne, reprendre possession de soi est un pur bonheur, là, ça a été torride. Ca s'est fait avec une tartine de munster fermier. Entre le vin et le fromage, il y a eu des gerbes d'étincelles comme dans l'atelier d'un forgeron.

Huit ans après sa mise en bouteille, ce vin blanc sec que j'avais goûté dans sa prime jeunesse (en 2003) renfermait désormais les parfums envoûtants d'un grand vin blanc liquoreux. Des fleurs, des épices, des essences de bois rares, un peu de fumée. Mais sans en avoir la sucrosité souvent un peu grassouillette. Bien au contraire, un toucher de bouche de cachemire, une douceur infinie mais sans lourdeur. Au palais, des petites notes crayeuses et salines ont fermé le bal.
Le vin c'est bien plus que du vin, il faut souvent des années

lundi 31 août 2009

CA PEUT PAS FAIRE DE MAL : Champagne et parmesan



C'est vrai, on pourrait faire comme tout le monde et fêter l'anniversaire de cet ami(e) au restaurant, se cogner la litanie Apéro-Petits fours-Entrée-Plats-Gâteau-Bougies-Cadeaux -Champagne.

On peut aussi faire encore mieux et filer dans le vignoble s'organiser une petite balade de groupe dans les vignes, histoire de faire la fiesta au grand air.

L'effort, ça creuse, on met donc la nappe à l'ombre d'un grand arbre et on sort les casse-croûte.

Attention! L'art de se passer de table, ça consiste quand même à mettre les petits plats dans les grands. Et ne pas oublier que l'amitié ne se célèbre pas dans les gobelets en plastique. Je vous vois venir, vous vous dites : "il nous sort le couplet nature & tradition!". Oh que non, c'est pas du tout le genre de la Maison! Je veux juste dire que dans la vie, il y a des moments qu'il faut ('s) offrir en seigneur.

Mais faites simple : du vrai pain et pourquoi pas - mis à part le gâteau - rien que des fromages. Vous avez choisi de faire la fiesta au Champagne? Faites-vous jouir avec un morceau de parmesan Reggiano dans l'autre main. Et attendez le souffle de vent qui vient vous caresser le visage après la mise en bouche.



Légende de la photo : un bouchon d'une bouteille de Champagne Bollinger 1924, bue en 2006.

(C) Thomas Bravo-Maza

jeudi 20 août 2009

Dans la série "icones du vin", JEAN-MICHEL COMME



Le propriétaire de Château Pontet-Canet (Alfred Tesseron) a eu la formidable intuition de laisser, il y a quelques années, à cet homme hors du commun la direction exécutive de ce cru classé de Pauillac (Bordeaux, Médoc) que les cinéphiles connaissent par le très beau film de Robin Davis, J'ai épousé une ombre.

Jean-Michel Comme est tout simplement l'un des stylistes les plus fascinants de notre époque. A vrai dire, son travail n'est pas sans rappeler celui d'un certain Yves Saint-Laurent. A la fois réservé et exalté comme le grand couturier, ce vigneron prend tous les risques dans l'espoir, à chaque millésime, d'exprimer un goût qu'on ne retouvera dans aucun autre vin au monde.

Dans ce Médoc si réputé mais si conventionnel, Jean-Michel Comme est le seul à donner naissance à un cru classé certifié en Bio et travaillé selon une philosophie biodynamique qu'ont adoptée, soulignons-le encore une fois, quelques-uns des plus grands domaines de la planète.

Il y a dans la vie des passage obligés. Tout amateur se doit de chercher à rencontrer ce vigneron qui vit pour le plaisir que nous procure le parfum étourdissant des grands pauillacs.

Moi qui déguste plus de 2000 vins par an, je peux bien vous l'avouer, j'ai eu du mal à reprendre mes esprits en levant le nez de mon verre du futur Pontet-Canet 2008, on en reparlera...

A vous de jouer, maintenant.


PS : à noter, pour les amateurs de vins plaisir à prix ultra sages, que Jean-Michel Comme commercialise aussi en son nom propre avec son épouse Corinne les vins du Château du Champ des Treilles (www.champdestreilles.com), en Sainte-Foy Bordeaux, avec le même souci de sincérité.

BU DU CIEL : le MEDOC

pour la suite, cliquez sur "en savoir plus"


MES PARADIS SECRETS EN CORSE DU SUD





De haut de bas :

- Eglise pisane de Lévie.

- Le vigneron d'élite Jean-Charles Abbatucci.

- Panorama du Clos d'Alzeto, au nord d'Ajaccio.

© Thomas Bravo-Maza, 2009

L'oeuvre peint de Barbara Schroeder : fureur et mystère


"Fureur et mystère", ce mot de René Char colle bien au travail singulier de cette artiste allemande atypique.

Car c'est dans une revue vinicole suisse réputée, Vinum, que j'ai aperçu pour la première fois son nom, en signature d'articles sur le vin.

Tout l'art de la transfiguration, qui est celui du vin, Barbara nous le livre en direct dans ces paysages suspendus comme les mots de Giono en Provence.

Prenez le temps de découvrir quelques-uns de ses travaux sur www.barbaraschroeder.com

samedi 11 juillet 2009

João Martins, Praia de Mira (1930-1940)


C'est ça aussi, un blog : vous dégottez un cliché rare, il vous touche, vous avez envie de partager cette émotion, et hop, en un tour de main, c'est scanné, mis en ligne, prêt à être dégusté (en grand format hd accessible en cliquant sur la photo).

UN HOMME, UN FIL, UN FILM


"le funambule" (titre original "Man on wire") ou l'histoire du "crime artistique du siècle" : en 1974, Philippe Petit tend un câble entre les tours du World Trade Center, à New York, alors les immeubles les plus hauts du monde, et passe presque une heure à danser en l'air avant de se faire arrêter par la police.

Hors du commun, troublant même, ce documentaire long métrage est signé James Marsh et Simon Chinn. A dévorer de toute urgence.

Oscar 2009 du meilleur documentaire.

lundi 6 juillet 2009

CASSE DU siècle



Signe des temps, signe de crise : les banques et leurs salles des coffres sont vides, pour le casse du siècle, on repassera.

Reste Ducasse, pour tout de suite. Signe des temps (2) : huit ans après son monumental ouvrage "Le grand livre d'Alain Ducasse" - 1055 pages, une somme hors de prix - sa petite maison d'édition remet le couvert, avec un principe strictement opposé (mais l'inverse, c'est le même) : 64 pages, 9,90 €.

Qu'y trouve-t-on? Tout simplement quelques-unes des 10 recettes les plus percussives d'Alain Ducasse, en images, exécutées et expliquées par un maître du genre, Benoit Witz.

Chef de l'Hostellerie de l'Abbaye de la Celle, dans le Var (l'une des Maisons d'Alain Ducasse), Benoît Witz - très talentueux aux fourneaux, je n'ai pas encore pu le prendre en défaut - m'avait plusieurs fois enthousiasmé au fil des petits ouvrages bigrements malins de la série "Leçon". Très à son aise dans cet exercice "tout en images", un co-signe ici ce petit ouvrage simple comme chou qui donne envie de passer immédiatement à l'acte.

Jouissons (et cuisinons) sans entrave, donc.

Pour le commander, vous pouvez aussi passer par là :
http://www.amazon.fr/Best-Alain-Ducasse/dp/2841232476/ref=sr_1_1?ie=UTF8&s=books&qid=1246905337&sr=1-1

jeudi 2 juillet 2009

CROQUE-NORD


Une évocation amoureuse du Nord, en ces jours de chaleur parisienne.

Deauville, Trouville? Juré, craché, je n'y retournerai plus. Trop d'à-peu-près, pas assez de dépaysement, ni de petits coins où se cacher.

Pour un parisien en quête de vent, la destination, c'est bien sûr Le Touquet, ce petit vraiment désuet, charmant et plein de douceur.

Vous en voulez encore? Un week-end parfait dans la région ne se conçoit pas sans aller traîner ses guêtres du côté de Saint-Riquier, sur le chemin en venant de Paris, à l'est d'Abbeville.

Vous ne pourrez pas non plus couper à Montreuil sur mer, un petit trésor de ville pleine de surprises.

Un petit creux? C'est à la Madelaine sous Montreuil que ça se passe, à l'Auberge de la Grenouillère (Tél. 03 21 06 07 22). Mais, Chut! Je ne vous ai rien dit! Si, une dernière chose : à la Grenouillère, un bon conseil, faites-vous plaisir en choisissant (pour une fois) une vraie grande bouteille car les menus sont ultra accessibles. C'est l'occasion ou jamais.
En mai dernier, une bouteille de Jean-François Coche-Dury m'a sérieusement fait de l'oeil. Elle n'aurait pas dû : on n'a pas mis longtemps à l'envoyer au paradis des petites prétentieuses, celle-là!

N'oubliez pas dans la foulée une bonne virée au Cap Blanc-Nez.

Toujours faim? Impossible non plus de passer par Boulogne sur mer sans aller saluer Philippe Olivier, un fromager hors normes, une force de la nature. (43 rue Thiers, Tél. 03 21 31 94 74). Au top : le Crayeux de Roncq, la Boulette d'Avesnes, le Gouda extra vieux, le Vieux-Lille, le Mont des Cats.

A vous de jouer, maintenant.

PINA BAUSCH 1940-2009





C'est une perte énorme.

Un être qui nous a fait tant de bien. Pour moi, la dernière fois, ce fut cet Orphée et Eurydice donné à Garnier en février 2008, un moment de grâce inouïe. Toujours pas édité en DVD. La direction des Opéras de Paris a parfois des priorités que je ne comprends pas...

Reste cet hommage publié dans l'Express.

La célèbre danseuse-chorégraphe américaine Carolyn Carlson, directrice du Centre Chorégraphique National de Roubaix, a rédigé pour lexpress.fr un poème émouvant à la mémoire de son amie Pina Bausch dont la mort a "créé un grand vide dans l'univers".

Choc

Une déchirure à notre art

Une danse absente

Une part manquante de l'humanité

Une sérénité

Un vide dans l'univers

Pina

La plus grande et adulée chorégraphe de notre temps

Une poétesse des rêves ; le beau, le brutal.

Le réalisme des affrontements entre les hommes et les femmes

Le tragique, le joyeux, le désespéré.

Son humour ironique, offrant une perspective à nos émotions cachées...

Ses regards plongeant dans l'esprit de la raison et de l'absurde.

Elle a créé son art... pour nous faire méditer, rire, pleurer, imaginer.

L'inspiration de Pina, sa persévérance,

Son génie, ses chefs-d'oeuvre : tels sont ses dons a notre mémoire collective. Merci Pina.

Des fleurs sur la colline

Des pétales répandus sur les jours jusqu'à...

« Les maîtres ne meurent pas, ils dorment seulement. »

(traduction : Estelle Garnier, Centre chorégraphique national de Roubaix)

Shock

Something torn apart from our art

A missing dance

A missing piece of humanity

A stillness

A hole in the universe

Pina

Our greatest and most beloved choreographer of our times.

A poet of dreams ; the beautiful, the brutal.

A realist of confrontations between man and women,

The tragic, the joyful, the forlorn.

Her ironic humor, giving to us a perspective of our unsaid emotions...

Insights delving into the human mind of reason and the absurd.

A visionary, creating a unique language of dance-theatre, a revolution.

She created her art... for us to ponder, to laugh, to cry, to imagine.

Pina's inspiration, her perseverance,

Her genius, her masterpieces : are our gifts of shared remembrance. Thank you Pina.

Flower flower on the hill

Petals strewn over days until...

?Masters don't die, they're just sleeping.?

Passe-moi les jumelles, dans le Douro, un film de Blaise Piguet


Aucun programme de télévision sur notre petite planète ne ressemble à "Passe-moi les jumelles" ("PAJU").

A l'occasion de la sortie de l'ouvrage qui revient sur ses 15 ans d'existence, je vous glisse en douce un lien qui devrait vous permettre de visionner l'un des derniers PAJU. C'était en avril dernier, le grand réalisateur de télévision Blaise Piguet nous a concocté une merveille de sujet sur les vins du Douro, sur cette atmosphère qu'on ne retrouve que dans ce petit bout de Portugal. De la toute grande télé, je vous dis.

mardi 30 juin 2009



Tout récemment découverte, cette petite merveille de sensibilité et de finesse signée Yukari FUJINO et Frédéric PELASSY sur plusieurs pièces de Schubert dont l'un des sommets absolus de la musique, la fantaisie op. 159.

A déguster tranquillement avec un la petite Arvine "grain d'or" de Marie-Thérèse Chappaz, un Jurançon moelleux du domaine Vignau-La Juscle ou un vin blanc de Rebula du domaine slovène SIMCIC, difficile à dénicher mais qui vaut qu'on se gratte la tête pour faire main basse sur une bouteille, croyez-moi.

mercredi 24 juin 2009

Pour le cas où vous auriez loupé sa récente diffusion sur Arte, ne manquez sous aucun prétexte de découvrir en DVD ce documentaire exceptionnel sur un pianiste pas comme les autres. Le film est signé Bruno Monsaingeon, à qui on doit déjà plusieurs portraits de haute volée dont un particulièrement étonnant de Glenn Gould.

mardi 23 juin 2009

Voyageur intranquille


Pour le cas où vous auriez loupé sa récente diffusion sur Arte, ne manquez sous aucun prétexte de découvrir en DVD ce documentaire exceptionnel sur un pianiste pas comme les autres. Le film est signé de Bruno Monsaingeon, à qui on doit déjà plusieurs portraits de haute volée dont un particulièrement étonnant de Glenn Gould.
Nietzsche, dans son savoureux Ecce Homo ("Pourquoi j'en sais si long"), écrit ceci : "un verre de vin ou de bière par jour suffit à me faire de la vie une vallée de larmes".
Mes yeux à moi se sont embrumés de bonheur après un simple verre de ce pinot noir suisse né en 2006 dans le canton des Grisons, usiné par le vigneron Thomas Studach avec soin et respect du fruit infinis. Il signe là un rouge de pinot noir dignes des grands volnays, rapide et gai comme un derviche-tourneur.

Le dénicher en France? A ma connaissance, impossible. Mais Genève n'est jamais loin et ses cavistes, nombreux.




Le cyclisme prend la mesure du monde dans ses excès ; il exige démesure de l'homme, une tension complète qui touche aux organes et au cerveau.
C'est le lieu infernal du maximalisme. Le cyclisme n'a duré qu'un siècle. Ce qui s'appelle encore cyclisme et se donne en spectacle n'est que farce, artefact à la mesure d'un monde faussé par la pollution, la génétique et le bio-pouvoir. Je veux donner l'entr'aperçu d'un monde avant sa fin. Passer le chiffon, une dernière fois, dans la Salle des illustres. Mettre un peu d'ordre parmi mes forcenés, mes champions insensés - renommer les poètes et les irréguliers qui suivent à travers champs.
Rien n'obsède comme ces histoires fabulées, ces portraits amoureux, ces mythologies usinées par le peuple, ces étincelles d'Eurovision. Ce que Benjamin nomme " illuminations profanes ". Ces croyances minimes. Ces noblesses inventées.

lundi 22 juin 2009

Envoûté que je fus par un bourgogne blanc, un Chassagne-Montrachet 1er cru les Chenevottes 2007 de la Maison Chanson


Tous les goûts sont dans la (ma) nature. Bien peu de cuvées, il est vrai, nous mettent tous d'accord. Quelque soient nos différences, nos ardeurs ou nos préjugés, certains vins s'imposent par leur universalisme et conquièrent le cœur de tous.

Faites le test avec ce Chassagne-Montrachet 1er cru les Chenevottes 2007 de la maison Chanson, négociant à Beaune (Côte d'Or).

Délicatesse extrême de ses arômes, allonge fabuleuse en bouche, c'est fou ce que ce vin a du chic.

Dans ce vin blanc sec, nulle trace de boisé-cache misère. La vinification s'est appliquée à laisser parler la nature de ce raisin extraordinaire accroché à un petit bout de terroir méconnu mais que je compte parmi les plus beaux de toute la Bourgogne.

Cette bouteille est proposée chez les cavistes à une quarantaine d'euros. Ce qui n'est pas rien. Mais le compte y est malgré tout.

mercredi 17 juin 2009

dans la série UN VIN, UN TABLEAU




Le goût du vin, avouez que ce sont surtout des images, et c'est cela aussi qui nous plaît. En bouche, le vin procure alors des émotions si précises que le souvenir d'une œuvre et de ses détails les plus infimes revient vous étreindre.

Tenez, pareille expérience m'est arrivée il y a quelques semaines, je ne résiste pas à vous en glisser deux mots.

Ma vie d'aventurier du goût me parachute ce jour-là au Portugal, en reportage dans les collines vertigineuses du Douro. Je me trouve à ce moment chez Dirk Niepoort avec son talentueux homme de main.

Cette fin d'après-midi ensoleillée m'offre l'énergie de vivre un tel moment. Soudainement, c'est en dégustant un vin de muscat, que je me retrouve au cœur de "la vierge et l'enfant". J'ai bien dit au cœur de ce tableau, exactement comme dans Rêves de Kurozawa. Pour vivre la même impression de douceur infinie qui se dégage de cette vierge à l'enfant de Vinci.

Délicatesse extrême, richesse des détails d'arômes, toucher caressant, c'est bien de peau maternelle dont il s'agit. Et de ce regard bienveillant qui surplombe, dont on se retrouve le sujet, à l'instant du vin.

Photo (c) Thomas Bravo-Maza

Niepoort, moscatel do Douro 2000.

mercredi 13 mai 2009


Quand vous recevez du monde, vous n'êtes pas toujours très à l'aise et je vous comprends : que grignoter ? Des saloperies ultra-salées et industrielles? Pas bon pour la santé, parfaitement ringard. Des petits-fours "maison"? Why not, mais au risque de fatiguer l'estomac de vos convives pour pas grand chose, finalement. Non, la solution est ailleurs. La clé de l'apéro, et de toute toute sa civilité agissante, c'est en servant à vos amis un bon godet de vin blanc qu'on la trouve. Attention : pas n'importe lequel : visez un vin spirituel, pimpant, parfaitement sec, histoire de vous remettre les papilles en éveil après une longue journée de compromis. La ruse est celle-là : ponctuer, relancer, donner faim, mettre en apétit. C'est là tout le secret.

Du moins en théorie. dans la pratique, reste à choisir le blanc qui convient. Un vin sec, ai-je dit (donc non sucré). Un grand cru? Un chouia bling-bling comme accueil...Le coeur de la démarche, c'est de dénicher un blanc malin, avec un vrai visage, un breuvage qui raconte une histoire, de valeur authentique, mais auquel tout le monde n'aurait pas pensé à priori.

Approchez-vous plus près de l'écran car l'un des bons tuyaux du moment c'est celui-ci : le Saint-Aubin 2007 de la Maison Sarnin-Berrux. Derrière cette grande bouteille de Bourgogne à prix encore assez doux (16€) se cache un vin de chardonnay sans aucune vulgarité (c'est rare de nos jours), très parfumé, tout en tension, joliment acide, qui vous explose en bouche de ses arômes de mandarine, de citron, de fleurs et ne vous lache qu'au bout de longues minutes. Tout le meilleur de la Bourgogne d'aujourd'hui, à tire d'aile des vignobles ultrarecherchés de Puligny-Montrachet.

Sarnin-Berrux? Derrière le nom du domaine se cache un couple de quadras que nous avions déjà distingué dans la Revue du vin de France pour la qualité exceptionnelle d'une maison d'hôtes (www.domainecorgette.com) langoureuse, aux prix d'accès archi affutés (entre 80 et 100€ pour deux). Fous de vin, Véronique et Jean-Pascal se sont ensuite mis égoïstement à faire du vin pour leur simple plaisir. L'idée d'un petit négoce de vins "haute-couture" est venue ensuite. Pour ceux qui savent...
Maintenant, vous savez.

ma cantine japonaise à Paris


Udon? Udon. Ou donc? On verra plus tard, please. Au Japon, les pâtes UDON sont, avec les SOBA et les SOMEN (d'origine chinoise), les plus populaires.

Epaisses, plates, (fabriquées à partir de farine de blé) elles se mangent chaudes ou froides, souvent au cœur d'un bouillon.

Oui, un bouillon, exactement, l'une des plus belles choses que l'homo-gastronomicus ait inventé.

Tous les repas pourraient commencer par un bouillon.

Pas besoin d'avoir lu Eloge de l'ombre (chef d'oeuvre de Junichiro Tanizaki) pour ressentir toute l'énergie qui s'en dégage. Car finalement, un bouillon, c'est beaucoup de philosophie, beaucoup de simplicité et de goût dans un peu d'eau chaude. Une eau délicatement parfumée dans laquelle les japonais font cuire ces fameux UDON.

Tous les repas devraient commencer par un bouillon. Découvrir à Paris l'art de la joie simple du bouillon UDON? Oui, mais où ça?

Pas si simple. Quasiment tous les établisssements japonais de la capitale n'en sont pas. Tout cela pue l'arnaque à plein nez, comme une contrefaçon made in China. Et alors? Impossible d'en rester là, de se contenter de râler encore et toujours, grattons, faisons mouche. Vous la voulez cette adresse? Ca se passe au cœur du 1er arrondissement de Paris. La rue Sainte-Anne et ses petites voisines nous amènent dans le Tokyo de Paname.

Au coin de la rue Thérèse et de la rue Sainte-Anne, beaucoup ne jurent que par SAPPORO dont la réputation est très exagérée. Mais à 10 mètres de là, en remontant la rue Sainte-Anne vers l'Opéra, sur le même trottoir, on s'arrête devant chez KUNITORAYA. De l'extérieur, tout paraît minuscule. Bien vu : seules 15 personnes suffisent à rendre l'endroit bondé! (en fait une seconde salle se trouve en sous-sol mais, ayant une sainte horreur de dîner en cave, je n'y suis jamais descendu).

Passez le seuil, vous êtes au Japon. L'atmosphère est presque suffocante, tout le monde s'agite autout de vous. Mais personne ne crie pour annoncer les plats, le service s'exécute avec fluidité, sans perdre d'énergie. Je commande bien sûr un bol de KAMO UDON, bouillon de UDON au canard toujours impeccablement cuit, au fondant assez incroyable.

François Simon (le plus illustre de mes confrères, critique gastronomique au Figaro, qui se réincarnera sans doute en virtuose du sumi-e lorsque sera pour lui venu le moment d'aller tester le matériel), eh bien François Simon aimerait sûrement cette cantine pour tout ce qui en transpire de sain, de simple et de vrai. Il faudrait que je lui en parle.

Pour le paraphraser : "faut-il y aller?" Bien sûr que oui. Tout de suite? Et plus vite que ça..

KUNITORAYA. 39 rue Sainte-Anne, 75001 Paris, tél : 07 47 03 33 65. Ouvert tous les jours de 11h30 à 22 h. Attention, chiens et cartes de crédit ne sont pas acceptés.